Orfèvrerie d’usage
A la Renaissance, les objets de table en argent (y compris ceux destinés aux princes) adoptent des formes extrêmement simples. Ils sont très peu décorés et ne sont pas dorés.
Les objets
Orfèvrerie
Assiette aux armes de Marguerite de Bourbon-Vendôme, duchesse de Nevers
Paris, 1553-1554
Cette assiette ronde et creuse, dotée d’une large aile plate, est l’unique survivante d’un ensemble qui comptait sans doute plus de deux cent objets : outre les assiettes (plus d’une soixantaine), ces services comprenaient tous les objets indispensables à la tenue d’un grand repas d’apparat, des plats aux des saucières en passant par les bassins, les aiguières et autres vinaigriers, tous en argent blanc, parfois rehaussés d’un décor discret. L’assiette, intermédiaire entre l’écuelle et le tranchoir, constitue une relative nouveauté au milieu du XVIe siècle ; cet exemplaire est donc particulièrement remarquable, puisqu’il s’agit d’une des plus anciennes assiettes en métal précieux françaises conservées. L’assiette est bordée sur l’aile d’une simple tresse aplatie et d’un écu gravé, tous deux dorés, une simplicité qui obéit à la distinction nette entre orfèvrerie de table peu ornée et pièces d’apparat. Les armoiries d’alliance de François Ier de Clèves, duc de Nevers et de sa première épouse Marguerite de Bourbon, indiquent que l’assiette appartenaient probablement à cette dernière ; le couple ducal mène dans les années 1550 un train de vie fastueux, s’endettant abondamment auprès des orfèvres parisiens qui leur fournissent orfèvrerie de table et d’apparat.
Orfèvrerie
Cuillère fourchette
Paris, vers 1610
Si la cuillère est un accessoire ancien, la fourchette, connue en France depuis le XIVe siècle, était surtout utilisée en Italie du Nord. Henri III imposa son usage à sa table. Au XVIe siècle, les couverts sont des objets personnels que l’on emporte avec soi dans de petits étuis accrochés à la ceinture. Des versions pliables et « combinables » commencent à apparaître vers 1580-1600 en France sous influence flamande. Cette cuillère-fourchette en argent au poinçon de Paris, datée vers 1610, est constituée d’une fourchette pliante à trois dents, qui s’encastrent dans cinq pontets disposés au dos d’un cuilleron amovible. Son décor à l’antique, avec une figure de terme barbu sur un socle cannelé, témoigne de l’influence italienne.
Orfèvrerie
Couteaux à emblématique de mariage
France, vers 1580-1600
Ces couteaux en fer, dont le manche est enveloppé d’une fine tôle d’argent estampée, sont caractéristiques de la coutellerie de table utilisée pendant la seconde moitié du XVIe siècle. Il s’agit d’objets personnels, que l’on produit le plus souvent en ensemble de six à douze pièces et que l’on transporte avec soi dans un étui. On ne s’en sert pas pour découper la nourriture (les couteaux à trancher possèdent des dimensions plus imposantes) mais bien pour piquer les morceaux dans les plats. Au vu de la technique d’estampage du métal sur le manche, il est assez probable qu’il s’agisse d’une production « en série » réalisée par des couteliers et non des orfèvres. Ces couteaux portent sur leur manche un décor allégorique complexe, associant des monogrammes (DD et AA), des lettres grecques (ΦΦ et λ λ) et des symboles liés au thème de la fidélité et de l’amour conjugal (S barrés, dits « fermesses » et flèches). On a longtemps voulu lire dans les initiales une référence à Diane de France, duchesse d’Angoulême et épouse de François de Montmorency ; cependant, la fréquence de ce vocabulaire ornemental sur d’autres couverts, mais également sur des reliures, laisse supposer qu’il s’agit plutôt de symboles codés liés au contexte matrimonial dans lequel ils étaient offerts : les lettres grecques Φ associées à un delta ou un D et parfois à un λ forment ainsi une combinaison fréquente et sont généralement comprises comme un jeu autour du mot « fidélité ».
Orfèvrerie
Trésor de la Vôge
France de l’est ou Allemagne
vers 1580-1600
Les objets en métal précieux de la Renaissance ont très peu traversé les siècles et les rares pièces encore conservées permettent mal d’évaluer toute la richesse et la diversité de cette production. Dans ce contexte, chaque découverte archéologique prend une importance exceptionnelle. Le trésor de la Vôge, découvert en 2017, est constitué de pièces d'orfèvrerie d’usage et de deux ceintures en argent, probablement dissimulés à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle dans une période de troubles pour les protéger des pillages ou du passage de troupes. En l'état, le trésor de la Vôge comprend deux coupes, d’une salière et de cinq cuillères, ce qui correspond à la vaisselle de table classique d’un couple bourgois aisé. La relative simplicité de ces objets du quotidien est paradoxalement la cause de leur extrème rareté, puisque les objets de ce type ont été les premiers fondus pour faire face à des besoins économiques urgents ou pour suivre les évolutions de la mode. Malgré leur formes et leurs décors simples, il s’agit d’objets de prix, dont la possession illustre un certain rang social, quoique l’absence d’assiette, et surtout d’armoiries gravées donnent à penser qu’ils n’appartenaient pas à la noblesse ou au clergé. Leur poinçon identique et leur grande proximité stylistique atteste qu’il s’agit d’une seule commande, ou du moins de commandes très rapprochées dans le temps ; l'orfèvre n'en a pas été identifié. Le musée national de la Renaissance mène une politique active d’acquisition en matière d’orfèvrerie française, et notamment d’orfèvrerie de table : les œuvres conservées au musée constituent l’un des ensemble les plus importants d’orfèvrerie d’usage conservé en France. Le trésor comprend également deux ceintures en argent, constituées d'une épaisse chaîne et de plusieurs boutons orfévrés. Ces parures du quotidien de la fin de la Renaissance, certainement arborées par l'épouse d'un riche bourgeois, font écho aux trente-huit bijoux d'un autre trésor archéologique de la Renaissance, le Trésor Maignan, déposé par le musée de Picardie à Ecouen. Mécénat d'une œuvre d'intérêt patrimonial majeur par la société Vygon