2022
Découvrez les nouvelles acquisitions du musée pendant l'année 2022.
Les objets
Serrurerie
Targettes à l’emblématique du connétable Anne de Montmorency
Entre 1547-1559
Chacune des deux targettes est ornée d’une figure engainée avec des ailes de papillon prise dans un décor de cuir découpé, rehaussé tantôt d’entrelacs et tantôt d’un rang de perles. La figure porte deux objets difficilement lisibles : il s’agit du bâton de Grand Maître et de l’épée de Connétable, les deux charges les plus importantes d’Anne de Montmorency (1493-1567) à la cour de France. Cette composition a été utilisée à plus grande échelle sur l’autel du château d’Écouen et également sur plusieurs autres targettes dont la présence est attestée au château par un recueil de dessins réunis par l’architecte Alphonse Lejeune au XIXe siècle. La forme rectangulaire de ces targettes, complétée par deux demi cercles sur les petits côtés, est semblable à celles d’autres targettes provenant d’Écouen et ornées de l’emblématique d’Henri II et de Catherine de Médicis ; il est donc tentant de considérer qu’elles font toutes parties d’une seule et même commande. Le coffre de ces deux targettes est constitué par des pièces repoussées (plaque) et moulées (cadre mouluré) qui sont maintenues par des fiches sur une plaque de fixation en fer plat, technique à comparer avec d’autres coffres entièrement moulés et qui pourraient être des copies plus tardives à partir de pièces authentiques. Don de la Société des Amis du musée national de la Renaissance.
Médailles
Cristal de roche : Christ aux outrages
Milan ou Prague,
Seconde moitié du XVIe siècle
Cette oeuvre relève d’une production bien connue de petits cristaux de roche décorés à froid au revers, exécutés durant la seconde moitié du XVIe siècle et au XVIIe siècle dans des ateliers lombards ou, selon certains spécialistes, praguois. Le répertoire iconographique exclusivement religieux indique que ces objets, pour beaucoup dotés d’une monture d’orfèvrerie, étaient destinés à la dévotion personnelle, comme de petits reliquaires. Vraisemblablement exportés à l’échelle européenne, il paraît vraisemblable que certains exemplaires aient reçu leur monture dans des ateliers secondaires. Le cristal de roche, taillé à facettes, adopte ici une iconographie peu fréquente dans le corpus : un Christ aux outrages, complété de quatre petites scènes périphériques, dont un Portement de Croix et un Christ au Mont des Oliviers, une composition ambitieuse compte tenu de la taille de l’objet. Don de la Société des Amis du musée national de la Renaissance.
Huile sur bois
Le Triomphe de la Mort
Vers 1480-1485
Ce panneau de cassone profane ornait un coffre de mariage autour de l'iconographie des Triomphes de Pétrarque. Les autres panneaux sont conservés à Venise (Ca' Rezzonico) et Vérone (Museo di Castelvecchio). Ils représentent Le Triomphe de la Renommée, Le Triomphe de la Chasteté et Le Triomphe de l'Amour. Ces deux derniers sont encore unis par leur décor a pastiglia originel, ce qui laisse penser que Le Triomphe de la Mort était associé, lors de sa création, au Triomphe de la Renommée. Les armes figurant sur les fragments de Vérone présentent les armes des Sanbonifacio.
Huile sur bois
L'Allégorie de la Richesse
Seconde moitié du XVIe siècle
Le tableau représente Junon, identifiable à son animal attribut, le paon. Elle se tient devant Saturne, figuré de dos, que l'on reconnaît à son sablier et à sa faux. En arrière-plan, le roi Midas se lave les mains dans le Pactole afin de se débarasser du don accordé par Bacchus qui lui permettait de transformer tout ce qu'il touchait en or. L'oeuvre fonctionne comme une allégorie moralisatrice : la déesse invite le spectateur à trancher entre l'élévation spirituelle, le ciboire tendu vers le ciel, et la vulgaire matérialité, la bourse de monnaie et les objets précieux. La mise en garde est renforcée par l'anecdote de Midas, symbole des effets négatifs d'un désir trop puissant d'accumulations et de richesses. La nudité héroïque de la divinité rappelle combien Jacob de Backer a joué un rôle fondamental dans l'introducion du canon classique, hérité de Rome, où il fut l'un des premiers peintres flamands à se rendre.
Huile sur bois
Amphion
Après 1614
L'œuvre figure Amphion, jouant de la lyre. Selon la légende, son talent était tel que lorsqu'il jouait de la musique les pierres se levaient. On assiste ici à l'édification des remparts de Thèbes. La composition reprend fidèlement une gravure illustrant Les Images ou tableaux de platte peinture des deux Philostrates et les statues de Callistrate, qui compile des textes de Philostrate le Vieux, Philostrate le Jeune et Callistrate, traduits du grec au français par Blaise de Vigenère. Le recueil décrit soixante-quinze peintures mythologiques prétendument exposées sous un portique de Naples. Les premières éditions de la fin du XVIe siècle ne furent pas illustrées. Il faut attendre l'édition de 1614, publiée auprès de Françoise de Louvain, pour voir, en France, une première édition illustrée. Sur les soixante-huit gravures illustrant l'édition de 1614, dix portent l'invention d'Antoine Caron. Bien que la composition gravée d'Amphion ne porte pas l'invenit du peintre de Beauvais, elle correspond exactement à son style. La peinture d'Ecouen montre donc le succès des inventions d'Antoine Caron, disparu depuis plusieurs années (1599).
Sculpture
Le Sacrifice d’Isaac & L’Adoration des Bergers
Le Sacrifice d’Isaac : Premier quart du XVIIe siècle
L’Adoration des Bergers : Premier quart du XVIIe siècle
Ces deux albâtres sont caractéristiques de la production qui s’est développée à Malines du XVIe siècle au début du XVIIe siècle et ils sont le fruit d’une division du travail très organisées entre les spécialistes de la taille de l’albâtre, les cleynstekers, les menuisiers et les peintres, qui fournissent les cadres, sans compter les doreurs qui appartiennent à une autre corporation. Sur Le Sacrifice d’Isaac, un monogramme permet d’identifier un membre d’une importante famille de « cleynstekers » de Malines, les Tissenaken. La composition est connue par au moins cinq autres plaques, dont l’une comporte le même monogramme (Compiègne, musée Vivenel). Des différences de détail montrent cependant que plusieurs mains se cachent derrière ce même monogramme. L’Adoration des Bergers est également une composition qui a été plusieurs fois reprise sur des plaques en albâtre et elle atteste d’une forme de production en série. Ces œuvres ont été données en mémoire des héritiers d’Adolphe Schloss, propriétaire d’une très importante collection privée parisienne spoliée par les Nazis durant la Seconde Guerre Mondiale.
Huile sur bois
Le Christ au roseau
Début du XVIe siècle
Giampietrino a longuement travaillé aux côtés de Léonard de Vinci, dans son atelier milanais, en contribuant notamment à diffuser les inventions tardives du maître toscan. Il démultiplie ainsi les représentations sacrées sur fond neutre et obscur. La compositon, centrée sur la figure de Jésus portée aux outrages, s'inspire aussi d'Andrea del Solario qui propose, au début du XVIe siècle, des mises en scène semblables du Christ. Giampietrino a tenté à plusieurs reprises de faire la synthèse entre la sensibilité de Solario et le drame de Léonard. La restauration récente a permis de faire réapparaître le personnage du bourreau, qui avait été masqué depuis plusieurs siècles par des repeints.
Huile sur bois
Portrait du duc de Mayenne
Fin du XVIe siècle
Charles de Lorraine a été nommé duc de Mayenne en 1573 et gouverneur de Bourgogne en 1585. En 1588, il devient chef de la Ligue à la suite de l'assassinat de ses frères, Henri de Guise et le cardinal de Lorraine. Il porte un habit civil noir, une chemise à col rabattu et le collier de l'Ordre du Saint-Esprit qu'il a reçu en 1582. Le portrait d'Ecouen s'inspire d'un prototype perdu, attestant la large diffusion de ces images des membres de la cour d'Henri III. L'attribution à Etienne Dumonstier, peintre et valet de chambre de Catherine de Médicis à partir de 1565, reste une hypothèse, car son oeuvre reste mal connu.
plat verre
Plat aux armes de Jacques d’Albon, maréchal de Saint-André
France ?
Cette œuvre, par son décor précieux et fragile peint à froid et par sa taille exceptionnelle (40 cm), est à classer parmi les plats d’apparat. Les armoiries qui ornent le fond du bassin, inscrites dans un collier de l’ordre de Saint-Michel, sont celles de Jacques d’Albon, maréchal de Saint-André. Bien que lacunaire, son blason « de sable à la croix d'or, au lambel de trois pendants de gueules brochant sur le tout » est bien identifiable. Le décor se poursuit sur l’aile du plat : la dorure alterne les motifs de rinceaux et d’entrelacs ou nœuds inspirés de l’art oriental. Issu d’une famille modeste du Roannais, Jacques d’Albon évolue dans l’entourage proche d'Henri II dès son avènement en 1547. Au fil des ans, il cumule les titres et les charges, consolidant à la fois son influence politique et sa fortune. Membre du triumvirat catholique qui l’associe en 1561 à Anne de Montmorency et Henri de Guise, il meurt en 1562 à la bataille de Dreux. Sa personnalité de collectionneur ou de commanditaire nous est transmise notamment par Brantôme, qui décrit un homme aux goûts de luxe, dont la richesse des demeures surpassait les possessions royales. De ce faste, il ne reste malheureusement que peu de témoignages, seulement quelques œuvres dispersées dont ce plat d'apparat. Si sa date de fabrication peut être envisagée aux alentours des années 1550, décennie durant laquelle l’influence de Jacques d’Albon est la plus grande, son atelier de fabrication pose encore question. La grande majorité des verres bleus du XVIe siècle portant un décor à froid est attribuée au Tyrol, en particulier à la verrerie d’Innsbruck. Mais l’archéologie ainsi que les archives permettent de mesurer l’engouement en France pour ces verres bleus dans la seconde moitié du XVIe siècle. Peut-être faut-il y voir une pièce française voire même issue de la verrerie royale de Saint-Germain-en-Laye ?