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Vue de salle
Vue de salle © Musée national de la Renaissance / C. Schryve

Les albâtres de Malines

La ville de Malines en Belgique s’est spécialisée dans les petits bas-reliefs en albâtre, matériau tendre et fin, facile à travailler, et importé d’Angleterre.

Montés dans des cadres richement ornés et dorés, ils sont généralement consacrés à des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament. La production de Malines, qui résulte d’une stricte organisation des métiers et présente des effets de série, s’est diffusée dans toute l’Europe des années 1580 aux années 1630.

Les objets

Sculpture

Retable de l’Adoration des Bergers

vers 1590-1614

Ce petit retable, destinée à la dévotion privée comprend trois albâtres pris dans un même cadre. La scène principale montre les bergers venus adorer l’enfant Jésus dans la crèche après sa naissance. La composition, avec son arrière plan où une colonnade crée un effet de perspective, n’a pas de modèle gravé connu ; elle ne fait pas non plus partie des plaques produites en série sur ce sujet à Malines et elle témoigne donc d’une ambition originale. L’Enfant se trouve en bas à droite et il est entouré par la Vierge et un ange en prières. Tout autour, les bergers forment une foule pittoresque en costume du XVIIe siècle, l’un avec son chien, l’autre jouant de la cornemuse. En haut, des anges, dont deux musiciens, émergent d’un nuage stylisé.  Les deux petits reliefs insérés dans la partie haute du retable représentent La Circoncision du Christ et Dieu le Père dans un tympan. La partie basse de la circoncision est signée du monogramme de Rombout Tissenaken, qui a dirigé l’un des plus importants ateliers de Malines, actif sur plus d’une trentaine d’années. Avec Tobias Tissenaken, qui était probablement son frère cadet, il a sans doute contribué à l’essor et à l’organisation structurée de la production des albâtres dans cette ville.  Le cadre est constitué de beaucoup d’ornements en papier maché, moulé et doré, procédé riche et brillant mais peu onéreux. Ces ornements sont constitués de motifs à l’antique, comme des termes (des supports moitié-humain, moitié architecturaux) ou des sphinges et des harpies (femme à corps de félin ou de chauve souris). On trouve aussi de nombreux petits enfants joueurs. Tous ces éléments n’ont pas de rapport avec le contenu religieux des scènes en albâtre et sont donc uniquement décoratifs.

Retable de l’Adoration des Bergers
Retable de l’Adoration des Bergers © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Benoît Touchard
Retable de l’Adoration des Bergers

Sculpture

Suzanne et les Vieillards

Malines (Belgique), vers 1600-1630

Le sujet de ce petit albâtre est tiré de l’Ancien Testament : alors qu’elle est au bain, la jeune Suzanne est approchée par deux vieillards dont elle repousse les avances. Pour se venger, ces derniers l’accusent d’adultère, mais elle est innocentée par le prophète Daniel qui obtient la condamnation des calomniateurs. Le thème a connu un grand succès à partir du XVe siècle, non seulement par son caractère édifiant, mais aussi par son potentiel érotique et les ateliers de Malines en ont exécuté de nombreux exemplaires, toujours sur le même modèle, dont l’origine n’a pas été clairement identifiée. Suzanne apparaît accoudée à une fontaine qui ressemble à un vase à l’antique, alors que les deux vieillards l’agressent en lui saisissant le genou et le bras. La position des jambes de Suzanne pourrait être inspirée d’une gravure flamande de Martin de Vos gravée par Crispin de Passe. L’albâtre d’Ecouen se distingue au sein de cette production en série, par ses détails, en particulier dans l’application de la dorure et par son caractère poli qui en font l’un des plus beaux exemplaires repérés. 

Suzanne et les Vieillards
Suzanne et les Vieillards © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Stéphane Maréchalle
Suzanne et les Vieillards