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Vue de salle
Vue de salle © Musée national de la Renaissance / C. Schryve

La sculpture en bois

Dans le monde germanique et dans les anciens Pays Bas, les sculpteurs ont plus volontiers qu’ailleurs employé le bois dans des œuvres souvent marquées par un sens du détail en miniature d’une grande virtuosité technique. 

Les objets

Sculpture

Lettre F ornée des Neuf Preux

Anciens Pays-Bas - vers 1510-1530

La lettre F est un bel exemple des « microsculptures » en bois. La plupart de ces œuvres semblent être le fait d’un unique atelier, établi probablement à Delft et qui a travaillé durant le premier tiers du XVIe siècle. Un bois dense (comme le buis ou le poirier) est utilisé pour sculpter des compositions d’une grande complexité et qui fourmillent de détails en dépit de leur très petite taille. Ces microsculptures sont souvent des objets de dévotion comme des grains de chapelet ou des petits retables domestiques, mais aussi des objets prodigieux, peut-être destinés à des cabinets d’amateurs.  C’est le cas de la lettre F dont l’extérieur est simplement orné d’enroulements végétaux, mais dont l’ouverture dévoile les portraits des neuf preux en médaillons. Ces neuf personnages font partie d’une liste qui a été élaborée au XIVe siècle. Elle sélectionne neuf personnages de la mythologie ou de l’histoire qui illustrent le mieux par leurs actions les grandes vertus chevaleresques : trois guerriers païens (Hector, Alexandre et César), trois figures de l’Ancien Testament (Josué, David et Judas Maccabée) et trois personnages du temps chrétien (Arthur, Charlemagne et Godefroi de Bouillon). Une crucifixion vient compléter cette série. Ellerappelle que les vertus chevaleresques et l’idéal chrétien ne sont pas incompatibles et que certains de ces preux sont des « soldats du Christ ». L’identification du commanditaire de cette œuvre suscite des débats toujours ouverts : par rapprochement avec un autre objet analogue, mais comportant la lettre M et orné de scènes de la vie de sainte Marguerite (également conservé au musée national de la Renaissance), on a cherché un personnage masculin au prénom F et un personnage féminin au prénom M. Le nom du roi de France, François Ier, et de sa sœur Marguerite de Navarre ont été avancés, de même que celui de Marguerite d’Autriche, régente des Pays-Bas, et veuve de Philibert de Savoie (dont le prénom peut s’écrire aussi avec un F). En réalité, il faut rappeler que la lettre F et la lettre M ont longtemps était séparées et qu’elles étaient dans des collections différentes jusqu’à leur réunion au musée du Louvre au milieu du XIXe siècle. Par ailleurs, le M est différent du F puisqu’il ne s’agit pas d’une lettre ouvrante, mais d’une sorte de pendentif qui était suspendu à une chaîne, dont les attaches sont toujours visibles aujourd’hui. Le F ne montre au contraire aucune trace d’attache. Si le M est un objet entièrement dévotionnel (puisque toutes les scènes montrent la vie de sainte Marguerite), le F n’est qu’accidentellement dévotionnel (sauf le dixième disque, avec sa crucifixion). Une « belle M de bois bien taillée à une petite chaîne de bois, pendant aux lettres du nom de Jésus » est mentionné dans l’inventaire de Marguerite d’Autriche dressé en 1524 et pourrait correspondre à la lettre conservée à Ecouen, alors qu’aucun F n’est mentionné dans cet inventaire. Enfin, une lettre P est récemment apparue sur le marché de l’art, ce qui prouve qu’il existait plusieurs objets de ce type et que le M et le F ne font pas nécessairement paire.

Le F
Le F © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Mathieu Rabeau
Lettre F ornée des Neuf Preux

Sculpture

La Force

avant 1530,

Cette petite sculpture sur bois est attribuée à un très important sculpteur allemand, mais qui a travaillé surtout dans les anciens Pays Bas, Conrad Meit (né vers 1470-1485, mort entre 1550 et 1551). Il a en particulier été au service de Marguerite d’Autriche, qui était la tante de l’empereur Charles Quint et la régente des Pays Bas, et pour laquelle cette petite statue a pu être exécutée. C’est la comparaison avec d’autres œuvres du sculpteur, en particulier la figure d’Eve conservée à Vienne, qui présente des traits et une coiffure très proches, qui a permis cette attribution. La Force est l’une des quatre vertus cardinales définie par la philosophie Antique ; cette allégorie (idée abstraite représentée sous les traits d’une figure humaine) est souvent associée à une colonne. L’idée de représenter les allégories nues, née en Italie, s’est diffusée ensuite en Europe et la sculpture de Conrad Meit en est l’un des premiers exemples. Les proportions du corps avec ses hanches larges et ses seins placés très haut est caractéristique de l’art du Nord, mais le sculpteur a choisi d’accentuer le caractère mûr du corps, renforçant l’apparence très réaliste de la figure. De même, l’importance accordée à la colonne et le fait que la Force soit en train de la briser (ou de la soutenir ?) donne un caractère très original à cette œuvre. Certaines parties de la sculpture sont rehaussées de couleurs peintes : si certaines semblent d’origine (sur la couronne de feuillages de la Force) et d’autres ne le sont pas (sur la colonne en particulier) ; peut-être l’emploi de la couleur était-il plus important et venait-il renforcer encore l’aspect réaliste de cette sculpture. Plusieurs défauts du bois ont été comblés par des pièces incrustées très visibles aujourd’hui, mais qui ont pu être cachées à l’origine sous la peinture.  

2.	Contrat Meit, La Force
2. Contrat Meit, La Force © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / René-Gabriel Ojeda
La Force