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Le F
Le F © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Mathieu Rabeau

Lettre F ornée des Neuf Preux

Le F
Le F © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Mathieu Rabeau

La lettre F est un bel exemple des « microsculptures » en bois. La plupart de ces œuvres semblent être le fait d’un unique atelier, établi probablement à Delft et qui a travaillé durant le premier tiers du XVIe siècle. Un bois dense (comme le buis ou le poirier) est utilisé pour sculpter des compositions d’une grande complexité et qui fourmillent de détails en dépit de leur très petite taille. Ces microsculptures sont souvent des objets de dévotion comme des grains de chapelet ou des petits retables domestiques, mais aussi des objets prodigieux, peut-être destinés à des cabinets d’amateurs. 

C’est le cas de la lettre F dont l’extérieur est simplement orné d’enroulements végétaux, mais dont l’ouverture dévoile les portraits des neuf preux en médaillons. Ces neuf personnages font partie d’une liste qui a été élaborée au XIVe siècle. Elle sélectionne neuf personnages de la mythologie ou de l’histoire qui illustrent le mieux par leurs actions les grandes vertus chevaleresques : trois guerriers païens (Hector, Alexandre et César), trois figures de l’Ancien Testament (Josué, David et Judas Maccabée) et trois personnages du temps chrétien (Arthur, Charlemagne et Godefroi de Bouillon). Une crucifixion vient compléter cette série. Ellerappelle que les vertus chevaleresques et l’idéal chrétien ne sont pas incompatibles et que certains de ces preux sont des « soldats du Christ ».

L’identification du commanditaire de cette œuvre suscite des débats toujours ouverts : par rapprochement avec un autre objet analogue, mais comportant la lettre M et orné de scènes de la vie de sainte Marguerite (également conservé au musée national de la Renaissance), on a cherché un personnage masculin au prénom F et un personnage féminin au prénom M. Le nom du roi de France, François Ier, et de sa sœur Marguerite de Navarre ont été avancés, de même que celui de Marguerite d’Autriche, régente des Pays-Bas, et veuve de Philibert de Savoie (dont le prénom peut s’écrire aussi avec un F). En réalité, il faut rappeler que la lettre F et la lettre M ont longtemps était séparées et qu’elles étaient dans des collections différentes jusqu’à leur réunion au musée du Louvre au milieu du XIXe siècle. Par ailleurs, le M est différent du F puisqu’il ne s’agit pas d’une lettre ouvrante, mais d’une sorte de pendentif qui était suspendu à une chaîne, dont les attaches sont toujours visibles aujourd’hui. Le F ne montre au contraire aucune trace d’attache. Si le M est un objet entièrement dévotionnel (puisque toutes les scènes montrent la vie de sainte Marguerite), le F n’est qu’accidentellement dévotionnel (sauf le dixième disque, avec sa crucifixion). Une « belle M de bois bien taillée à une petite chaîne de bois, pendant aux lettres du nom de Jésus » est mentionné dans l’inventaire de Marguerite d’Autriche dressé en 1524 et pourrait correspondre à la lettre conservée à Ecouen, alors qu’aucun F n’est mentionné dans cet inventaire. Enfin, une lettre P est récemment apparue sur le marché de l’art, ce qui prouve qu’il existait plusieurs objets de ce type et que le M et le F ne font pas nécessairement paire.