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Vue de salle
Vue de salle © Musée national de la Renaissance / C. Schryve

Le goût du bronze

Le bronze a fasciné les hommes de la Renaissance : les sculptures de grande taille constituaient un véritable défi technique. 

Surtout, le bronze a aidé à la diffusion rapide des formes nouvelles, notamment par des petites « plaquettes » et a permis à beaucoup de collectionneurs de se constituer d’importants rassemblements d’objets, souvent marqués par une esthétique à l’Antique.

Les objets

Sculpture

Jeune homme nu dit Marsyas

Florence, vers 1465-1490

Ce petit bronze n’est pas unique mais s’inscrit dans une suite qui compte plus de cinq autres exemplaires ; chacun d’eux comporte néanmoins des variantes qui le rendent unique. Il est souvent désigné comme « Ignudo della Paura », c’est-à-dire « Jeune homme nu apeuré », ce que pourrait en effet suggérer le mouvement des jambes et les bras en avant du personnage. Mais cette interprétation relève en réalité d’une incompréhension. La bouche du personnage est en effet cachée par un bandeau qui était utilisé dans l’Antiquité par les joueurs d’aulos (une flûte à deux tuyaux) et c’est cet instrument qu’il devait tenir dans ses deux mains dont la position s’explique alors naturellement. Ce détail a amené à identifier ce jeune homme nu avec le satyre Marsyas, qui aurait le premier utilisé cet instrument dédaigné par la déesse Athéna, mais celui-ci est généralement représenté plus âgé et barbu. Il est très probable qu’un modèle antique a servi de modèle pour ce petit bronze, mais il n’a jamais été identifié. Les petites statuettes en bronze étaient en effet un produit très attrayant pour des collectionneurs qui n’avaient pas les moyens d’acquérir de grandes statues originales antiques en marbre. L’invention de cette sculpture est généralement située à Florence, soit en lien avec le sculpteur Maso di Bartolomeo, soit avec l’atelier des frères Pollaiolo, célèbre pour sa maîtrise du bronze et pour son goût pour les figures aux muscles très marqués. L’exemplaire d’Ecouen est néanmoins marqué par de nombreux petits défauts de fonte qui témoignent d’une technique assez expérimentale : la terminaison des doigts est défectueuse, la patine noire est très lacunaire, plusieurs trous ont été rebouchés à froid.

Jeune homme nu dit Marsyas
Jeune homme nu dit Marsyas © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Mathieu Rabeau
Jeune homme nu dit Marsyas

Sculpture

Faune et faunesse

Italie du Nord, vers 1540

Le faune (ou le satyre) est une créature de la mythologie qui mêle des éléments humains et des traits du bouc. Il symbolise les forces brutes de la nature et aussi la violence des instincts sexuels. Le caractère pornographique assumé du groupe sculpté d’Ecouen oblige à penser qu’il était destiné aux parties les plus secrètes d’un cabinet d’amateur. Les satyres sont nombreux dans les petits objets en bronze produits en Italie du Nord à partir du début du XVIe siècle. Ils s’inspirent de reliefs antiques ou des groupes de grande taille comme le célèbre marbre représentant le dieu-satyre Pan et le jeune berger Daphnis. Ils sont souvent associés à des scènes de viol, ce qui n’est pas le cas ici, la Faunesse offrant son sein et sortant sa langue comme pour se moquer de son partenaire. Ce groupe sculpté montre aussi l’intérêt pour les images pornographiques et il faut peut-être le rapprocher d’une grande entreprise éditoriale de 1524 condamnée par la papauté : les « Modi » ou « Positions » conçus par l’artiste Giulio Romano et par le graveur Marc-Antoine Raimondi. En raison de ce contexte, mais aussi par comparaison avec d’autres bronzes, le groupe a été attribué au sculpteur de Padoue Andrea Riccio (vers 1470-1532), puis à l’un de ses suiveurs, Desiderio da Firenze (actif entre 1532 et 1542) qui travailla aussi à Padoue puis à Venise. Le groupe a connu plusieurs mises en scènes successives : la position de la main gauche de la faunesse oblige à supposer qu’elle était à l’origine appuyée sur un support. A une date inconnue, mais peut-être dès la Renaissance, un second satyre a été créé en partie en surmoulant le premier. La satyresse a alors été placée assise sur un siège entre les deux figures masculines ; cette transformation correspond sans doute à l’utilisation du groupe comme fontaine, l’eau jaillissant du sexe de la satyresse. Le groupe n’a trouvé sa position actuelle qu’au début des années 1980.

Faune et faunesse
Faune et faunesse © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Adrien Didierjean
Faune et faunesse

Sculpture

Jupiter au Foudre

vers 1560-1580,

Le sculpteur Alessandro Vittoria a animé le plus important et le plus prolifique atelier de sculpture de Venise à la fin du xvie siècle, produisant aussi bien de grandes statues en marbre ou en bronze que des exemplaires plus petits. Il a signé son œuvre sur la base de la sculpture avec les initiales A.V.F. (pour Alessandro Vittoria fecit). Jupiter, le roi des Dieux, est représenté nu, tenant dans sa main gauche un faisceau de flammes qui représente la foudre.  L’œuvre est caractéristique du maniérisme qui altère la réalité des corps pour en tirer des effets expressifs et esthétiques. La musculature est très puissante et exagérée, en particulier au niveau du dos, dans la suite des recherches de Michel Ange à qui ses détracteurs reprochaient ses anatomies noueuses « en sac de noix ». Le sculpteur a travaillé son œuvre selon le principe des huit points de vue principaux (vues de face, de dos et sur les deux profils auxquels s’ajoutent les quatre vues diagonales). La torsion du corps s’explique en partie par ce principe qui cherche à présenter un centre d’intérêt sur chacun de ces huit points de vue. L’œuvre présente aussi un important contrapposto, ou hanchement qui reprend un grand principe de la sculpture antique : le corps immobile au repos est en appui instable sur un seul pied qui appelle un mouvement à venir.  La fonction de l’œuvre est mystérieuse : la petite base de la statue est instable et elle d’ailleurs percée pour être fixée sur un socle plus important. S’agissait-il d’une œuvre autonome pour un cabinet d’amateur ou bien d’un élément d’un ensemble décoratif plus vaste ?  

Jupiter au Foudre
Jupiter au Foudre © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Mathieu Rabeau
Jupiter au Foudre

Sculpture

Médaille d'Henri II

France, 1556 ?

La médaille connaît un grand succès à la Renaissance : elle reprend la forme des monnaies antiques, mais à une plus grande taille et sans avoir de valeur d’échange. Elle sert à commémorer de grands événements et de grands personnages.  Sur la face, le portrait d’Henri II est certes dans une armure moderne, mais de profil strict, avec un manteau tenu par une broche sur l’épaule et la tête couronnée des lauriers de la victoire, comme un général romain victorieux. L’inscription renvoie aussi à l’Antiquité avec la formule « Père de la Patrie », titre qui fut donné à tous les empereurs. La mention de « Rois des Gaules » (au lieu de « Roi des Francs ») suit la terminologie géographique du temps de Jules César. Le revers de la médaille montre une allégorie ailée de la paix dominant deux armées et deux généraux à cheval qui se serrent la main. En bas, un espace vide devait accueillir une inscription précisant l’événement représenté qui reste donc énigmatique. Il est cependant très probable que cette médaille ait été élaborée à l’occasion de la trêve de Vaucelles, signée en février 1556 entre le roi Henri II et la famille de Habsbourg. Comme cette trêve fut rompue dès le mois d’octobre suivant, les nombreux projets de médailles conçus pour la commémorer devinrent inutiles et restèrent à l’état de papier ou de prototype inachevés.   Don de la Société des Amis du musée national de la Renaissance.

Henri II (médaille - recto)
médaille d'Henri II © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Mathieu Rabeau
Médaille d'Henri II

Sculpture

La Crucifixion

vers 1486-1510,

Cette plaquette, dont on connaît plus d’une cinquantaine d’exemplaires repérés dans les seules collections publiques, est l’une des œuvres les plus importantes attribuées à l’artiste italien connu sous le surnom de « Moderno ». Les plaquettes étaient faciles à mouler et à transporter et elles ont joué un rôle très important dans la diffusion des inventions et des compositions de la Renaissance. Elles pouvaient aussi servir comme élément décoratif ou comme objet autonome de dévotion.  La composition de cette plaquette est très ambitieuse et oppose la partie basse, envahie par une foule compacte de personnages, avec la partie haute où se détachent le Christ entouré du bon larron (la tête vers le haut, à la droite du Seigneur) et le mauvais larron de l’autre côté (la tête baissée). Des soldats à pied et à cheval, avec des boucliers à l’antique, dont une surprenante figure nue de dos en bas à droite, observent la scène. L’angle inférieur gauche est réservé à Marie Madeleine, qui embrasse la croix, à la Vierge évanouie soutenue par deux saintes femmes et à saint Jean en prière, debout sur la gauche.

La Crucifixion
La Crucifixion © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / René-Gabriel Ojeda
La Crucifixion

Plaque

La Déploration du Christ

vers 1600-1610

Cette plaque illustre les recherches menées par les orfèvres d’Augsbourg autour du thème de la Passion du Christ. La composition s’inspire d’un dessin de Jan Van Der Straet, gravé par Raphaël Sadeler, qui fournit le principe du Christ mort vue de dessus en oblique, entouré par plusieurs anges pleurants, supports d’expression variées. Le goût des accessoires (panier avec les instruments de la Passion, vêtements et tissus) semble en revanche relever de l’invention de Lencker, de même que les personnages masculins en costume oriental à l’arrière-plan à gauche. Cette Lamentation est connue par plusieurs exemplaires (Londres, Victoria and Albert museum ; commerce d’art), mais chacun est rendu unique par le travail de ciselure à froid qui permet des variations dans le traitement des tissus ou l’expression des visages. Cette production témoigne de l’importance de l’atelier des Lencker, fondé par Christoph (vers 1556-1613), le père de Zacharias. La technique est originale car l’artiste, orfèvre de formation, n’a pas travaillé au repoussé, comme c’est généralement le cas pour des œuvres analogues, mais a préféré une fonte.

La déploration sur le Christ mort
La déploration sur le Christ mort © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Adrien Didierjean
La Déploration du Christ