La sculpture française
La collection du musée résume bien la diversité des expériences de la sculpture en France.
La sculpture produite en Champagne, région très riche en commande, témoigne de la diffusion des formules italiennes, soit directement, soit par l’intermédiaire de l’art des Pays-Bas qui en a proposé une vision très originale. Deux œuvres illustrent l’importante figure de Germain Pilon, principal sculpteur français de la seconde moitié du xvie siècle.
Les objets
Sculpture
La Vierge Du Breuil
vers 1525
La Vierge Du Breuil provient d’une commune de la Marne, à laquelle elle doit son nom. Il s’agit d’une œuvre en albâtre, un matériau qui a l’apparence du marbre, mais qui est plus facile à travailler. Elle montre une variation originale sur le thème très fréquent de la Vierge à l’Enfant : celle-ci tenait dans sa main droite un bouquet (aujourd’hui en partie disparu) dont le Christ essaie d’attraper les fleurs. Par son caractère figé sans déhanchement marqué, par ses cheveux graphiques et ruisselants et ses proportions tassées, l’œuvre se rattache à la grande sculpture gothique. Elle est aussi marquée par une grande géométrisation des formes (ovale du visage ou organisation symétrique de la chevelure) et par un goût très marqué pour le détail (manches finement plissées de la chemise, bijou pendant au chapelet ou fins rubans) que l’on retrouve sur plusieurs autres œuvres produites à la Renaissance en Champagne.
Sculpture
Le Génie funéraire du tombeau du roi François Ier
vers 1559
Ce petit enfant tient dans sa main droite un torche renversée et éteinte qui évoque la mort. Il fait en effet partie d’une commande de seize « petits enfants » qui devaient orner le tombeau du roi François Ier (règne 1515-1547) et dont l’exécution fut partagée entre les sculpteurs Ponce Jacquiot et Germain Pilon, dont c’est la première œuvre connue. Ces génies funéraires n’ont jamais été posés et certains d’entre eux ont été réutilisés sur le monument funéraire du roi François II, petit-fils de François Ier (aujourd’hui à Saint-Denis). Le génie funéraire de Germain Pilon présente un important contrapposto (un déhanchement caractérisé par le mouvement contradictoire entre l’inclinaison du bassin et celle des épaules) qui est inspiré de la sculpture antique et qui est un moyen d’animer la figure. Le sculpteur a aussi joué sur les surfaces : les mèches de cheveux s’enroulent autours de trous percés avec un trépan ; des traces d’outil laissées apparentes donnent un aspect rugueux à la torche qui contraste avec la chair parfaitement polie du jeune enfant.
Sculpture
Les trois Parques
vers 1586
Les trois Parques sont des divinités de la mythologie qui président à la vie humaine, symbolisée par un fil (aujourd’hui disparu sur la sculpture). La première (en bas à gauche) tisse le fil à partir de l’écheveau de laine que la deuxième déroule entre ses doigts, alors que la dernière (en haut) l’enroule sur le fuseau avant de le couper. L’œuvre a été commandée par l’évêque de Beauvais Nicolas Fumée pour orner un petit « antiquarium », rassemblement de bustes antiques et d’œuvres modernes dans un encadrement de colonnes, qui ornait les jardins de sa résidence de campagne de Gentilly, près de Paris. Il s’agit de l’une des dernières œuvres conservées de Germain Pilon et elle se caractérise par son maniérisme : une forme d’esthétisation du corps humain qui passe par des déformations et des altérations, comme le montrent l’élongation anormale des doigts ou des cous des figures. La composition du groupe est très structurée par une organisation en pyramide qui fait dominer l’une des trois Parques et par le jeu irréel des drapés qui ressemblent à une matière liquide pétrifiée unifiant entre elles les trois figures.