Le maniérisme anversois
Le musée conserve un ensemble important de tableaux anversois du XVIe siècle, de Jan de Beer à Noël Bellemare, en passant par les ateliers de Pieter Coecke van Aelst ou de Frans Floris, jusqu’aux derniers feux représentés par Jacob de Back.
Les objets
Tableau
L'Adoration des Mages
Anvers, vers 1520
L’Adoration des Mages est l’un des chefs-d’œuvre de Jan de Beer, peintre représentatif de la première génération du maniérisme anversois. Né vers 1475, Jan de Beer adhère en 1504 à la guilde des peintres de la cité, dont il est élu doyen en 1515. Souvent sollicité pour l’exécution de décors éphémères, par exemple pour la Joyeuse Entrée de Charles Quint à Anvers en 1515, il est à la tête d’un important atelier. Le tableau d’Écouen illustre brillamment l’esthétique du maniérisme nordique. Tandis que les bas-reliefs et les candélabres des piliers de l’étable rappellent l’ascendance antiquisante de ce style, les formes tourmentées, les drapés irréalistes, ainsi que l’aspect anticonformiste de la colonne centrale illustrent la suprématie d’un climat onirique et raffiné. Cette mise à distance du réel est toutefois tempérée par l’abondance des détails témoignant d’une grande finesse d’exécution, notamment dans la représentation des pierres et des végétaux au premier plan.
Peinture
Vénus et l’Amour
Jacob de Backer est l’une des figures majeures du maniérisme anversois dans le dernier quart du XVIe siècle. L’artiste se montre ici impressionné par l’art de la Renaissance italienne. Il semble s’inspirer de la gravure du Jugement de Pâris de Raphaël. Il en reprend les trois déesses, qu’il isole dans des panneaux indépendants. Son biographe rappelle justement l’existence d’un cycle de trois images de ce type. Le peintre innove dans l’allégorisation des divinités, qu’il plaque sur un discours moral, voire moralisateur. Vénus brandit fièrement la flèche qu’elle a confisquée à l’Amour, vantant, malgré le charme affiché du corps dénudé, une certaine idée de la chasteté. Si le miroir tendu derrière elle invite à admirer sa beauté, le sablier qui le surmonte, et surtout le regard de la vieille femme, tourné vers le spectateur, rappelle le caractère bien éphémère des attraits physiques qui, à l’image des masques jonchant le sol, ne sont finalement que duperie et flagornerie.