Le plus célèbre faïencier rouennais du XVIe siècle, Masséot Abaquesne, fut employé par Anne de Montmorency pour la réalisation de pavements de céramique dans ses châteaux de Fère-en-Tardenois et Écouen. Son oeuvre la plus célèbre exécutée pour le connétable est un ensemble de trois panneaux figurant l’Histoire du Déluge. L’épisode central, encadré d’une bordure décorative à motif métallique et végétal, représente l’entrée des animaux dans l’arche, sur les ordres de Noé.
L’ampleur narrative de cette scène laisse entrevoir diverses origines iconographiques : tandis que le schéma général a pu être inspiré de gravures du peintre graveur lyonnais Bernard Salomon, le style plus affirmé des personnages et des drapés relève de l’école de Fontainebleau. Le traitement de la végétation et de la plupart des personnages fait référence à l’art de Jean Cousin, artiste très actif à Paris au milieu du XVIe siècle, mais on trouve en 1557 dans l’inventaire après décès du peintre Luca Penni, autre figure éminente de l’art bellifontain, la mention d’un dessin représentant le Déluge, sujet suffisamment rare à l’époque pour que l’on soit tenté de lui attribuer l’invention de l’oeuvre. Par leur qualité comme par leur monumentalité, ces panneaux de faïence participent de la quintessence de la Renaissance française.