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Assiettes des douze mois de l’année à l’emblème d’Horace Farnèse : juin
© GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Mathieu Rabeau

La collection d’émaux peints illustre, par la diversité des formes et des décors qui puisent aux sources antiques, bibliques ou plus contemporaines, les usages de cet art, entre vaisselle d’apparat et alternative à la peinture de chevalet. 

Les objets

Emaux peints

Assiettes des douze mois de l’année à l’emblème d’Horace Farnèse, Jean II Pénicaud

Limoges, milieu du XVIe siècle

Fortement développée dans la deuxième moitié du XIIe siècle, notamment dans la sculpture et l’enluminure, la représentation des travaux des mois articulée aux signes du zodiaque connaît à la Renaissance un très fort regain d’intérêt. L’on peut ainsi signaler les fresques de Francesco del Cossa au palazzo Schifanoia de Ferrare ou la tenture du maréchal Trivulce conservée au Castello Sforzesco de Milan ; dans le contexte septentrional, il convient de se rappeler que les documents décrivent les tapisseries que nous connaissons sous le nom de « Chasses de Maximilien » comme « les douze mois de l’an de belles chasses ». La France partage cet engouement, grâce entre autres aux illustrations des livres d’heures ainsi que du Compost et Kalendrier des bergers, publié et sans cesse réédité à partir de 1493. C’est ainsi qu’apparaît vers 1540 la plus ancienne série créée sur ce thème à Limoges, attribuée à l’atelier de Colin Nouailher et conservée au musée de Brunswick. L’émailleur le plus fécond à produire des assiettes ornées des travaux des mois, presque toujours inspirées des gravures d’Étienne Delaune, est Pierre Reymond (même si l’on connaît des assiettes ou des plaques par Jean de Court, Pierre Courteys et Léonard Limosin). L’ensemble des travaux des douze mois de l’année se prête particulièrement bien à la réalisation d’un service d’assiettes destinées à la montre ; presque tous les musées possédant des collections d’art décoratif de la Renaissance conservent une ou plusieurs assiettes des mois, y compris le musée de la Renaissance. En revanche, rencontrer un service complet conservé dans un seul lieu est absolument rarissime : l’acquisition de ces assiettes n’en est que plus exceptionnelle. Les revers abritent systématiquement une composition d’inspiration bellifontaine flanquée de part et d’autre par un putto tenant un instrument de musique complété par un pavillon d’étoffe. Si les rinceaux d’or posés au pinceau se sont beaucoup affadis, les faux camées subsistent, représentant le plus souvent une tête enturbannée et quelquefois un personnage en pied. Sur la face, également enrichie de rinceaux d’or plus ou moins conservés, la scène représentant l’activité liée à chaque mois est surmontée du signe du zodiaque correspondant à ce mois ; les emplacements des faux camées sont occupés par deux rameaux entrelacés de chaque côté et par un emblème, une gerbe de blé frappée d’un phylactère portant le motto « flavescent » en haut et en bas. Certaines occupations des mois sont directement inspirées des vignettes de Hans Sebald Beham publiées en 1527 et utilisées notamment pour illustrer les œuvres de Luther. D’autres n’ont pas de source directe encore repérée, mais l’existence d’un dessin lié au mois de mai attribué à Girolamo Romanino, peintre de Brescia et à Trente, confirme l’habitude des émailleurs de faire appel à des sources septentrionales comme méridionales. D’autres assiettes issues des mêmes modèles et de la même main sont conservées à Limoges (mai), à Brunswick (mai) et à Dijon (novembre) : l’attribution en repose sur des critères stylistiques proches des pièces signées par Pierre Pénicaud et Jean II Pénicaud, sans cependant permettre d’identifier un auteur avec certitude. La présence d’un emblème rattache ces assiettes aux services armoriés produits par les ateliers de Limoges, notamment celui de l’histoire de la Toison d’or, aux armes de la famille de Mesmes, et surtout au service des mois portant les armes des Séguier, daté de 1566 et dont le Louvre conserve cinq assiettes. Cet emblème précis peut être identifié avec celui adopté par Horace Farnèse, duc de Castro, préfet de Rome et petit-fils du pape Paul III. Époux de la fille naturelle du roi Henri II, Diane de France, Horace Farnèse trouva la mort peu après son mariage (représenté sur une fresque de Taddéo Zuccaro au palais de Caprarola), le 18 juillet 1553 au siège de Hesdin. Comme les assiettes portant l’emblème mais non les armoiries d’Horace Farnèse, il pourrait s’agir d’un cadeau diplomatique, peut-être offert par Antoine Sanguin, cardinal de Meudon et évêque de Limoges entre 1544 et 1547, qui partit pour Rome à la mort de François Ier et était très lié aux Farnèse (le Victoria and Albert Museum conserve une coupe à ses armes, avec la date de 1544).

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© (C) RMN-Grand Palais
Assiettes des douze mois de l’année à l’emblème d’Horace Farnèse, Jean II Pénicaud

Emaillerie

Pâris

Limoges, vers 1540

Le jeune prince troyen est représenté revêtu d’une cuirasse à l’antique et d’un manteau agrafé sur l’épaule ; il porte une couronne de laurier dont l’émail translucide vert est souligné par un paillon d’argent. Le traitement du visage et du regard, la qualité du fond bleu et de la mise en oeuvre générale du portrait permettent l’attribution en toute certitude de cet émail à Léonard Limosin.Le sujet est issu d’un célèbre poème d’Ovide, les Héroïdes, regroupant vingt et une lettres fictivement échangées entre de célèbres amants de l’Antiquité. Pâris appartient ainsi à une série de trente-quatre plaques représentant ces amants, dont dix-sept sont connues, dispersées entre plusieurs musées et collections publiques (le musée de la Renaissance possède égalementle portrait de Déjanire).Une telle série de plaques, comme celles dites du Maître de l’Énéide exécutées d’après les gravures d’une édition alsacienne de 1502 (le musée de la Renaissance en expose « La chasse de Didon et Énée »), était certainement destinée à être insérée dans les lambris d’un cabinet de travail ou studiolo, comparable au célèbre « cabinet des émaux » de Catherine de Médicis. L’initiateur en est peut-être Jean de Langeac, évêque de Limoges et protecteur de Léonard Limosin, pour lequel l’émailleur avait déjà exécuté une série d’effigies de héros antiques, mais d’un format plus réduit, portant les armes et la devise du prélat. Or, ce dernier était un influent conseiller de Louise de Savoie, mère de François Ier, pour laquelle a été exécutée une exceptionnelle traduction enluminée des Héroïdes d’Ovide.

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© rmn / Grand Palais
Pâris