Céramique française
La céramique française du XVIe siècle montre une diversité technique (faïence, terre vernissée, ou grès) ainsi qu’une finesse et une inventivité sans égal. En témoignent les ateliers de Masséot Abaquesne, de Saint-Porchaire et de Bernard Palissy.
Les objets
Céramique
Pot trompeur
Saintonge, fin du XVIe siècle
Ce pot trompeur de Saintonge enrichit aujourd’hui les collections du musée national de la Renaissance, qui ne présentait jusqu’alors qu’une seule pièce originaire des ateliers de cette région (E. Cl. 7693). Le pot est dit « trompeur » car il ne s’agit pas d’un simple pichet. Deux conduits percés sous le pied permettent de verser différents liquides. Deux médaillons ornent la panse : au centre du premier, une salamandre couronnée, emblème de François Ier, est surmontée de trois flammes ; sur le second se déploie un aigle bicéphale, également couronné. Ces deux motifs font certainement allusion aux noces du roi de France et d’Éléonore d’Autriche en 1530. Une pièce conservée au musée du Louvre porte les mêmes armoiries (MR 2351). Ce répertoire héraldique perdure jusqu’au XVIIe siècle. Deux anses, de part et d’autre, portent des mascarons. Enfin, le pot est ceint d’une monture simulant un travail d’orfèvre et permettant de proposer une datation vers 1580. Un vase trompeur de même forme, daté du XVIIe siècle, est conservé au musée Dupuy-Mestreau, à Saintes. Ces pièces témoignent de la qualité des céramiques de Saintonge, qualifiées parfois de demi-luxe, intermédiaires entre la vaisselle commune et la vaisselle précieuse. Don de la Société des Amis du musée national de la Renaissance.
Céramique
Albarello
Lyon, 1er quart du XVIe siècle
Le foyer lyonnais était essentiel dans les échanges artistiques entre l’Italie et la France au XVIe siècle. L’installation de potiers florentins à Lyon dès les années 1510 tient une place importante dans la documentation conservée. La production de ces faïenciers italiens a été rapprochée des pots de pharmacie au décor alla porcellana, en bleu et blanc caractéristique, grâce aux pièces toujours conservées dans des apothicaireries hospitalières mais dépourvues de provenance ancienne documentée. Les fouilles entreprises ces dernières décennies à Lyon ont permis de confirmer définitivement l’attribution de ces faïences aux ateliers florentins installés dans le même quartier à partir de 1512. Cet albarello vient enrichir les collections du musée national de la Renaissance d’un exemple de cette production lyonnaise dont il était jusqu’à présent dépourvu. Il est du type dit « à ailettes » probablement destiné aux épices, provient de la collection du docteur Chompret et s’apparente aux plus anciens exemples recensés issus de l’atelier lyonnais.
Céramique
Corbeille armoriée
Nevers, 1603
Exemple des premières faïences issues des ateliers de Nevers dans la première moitié du XVIIe siècle, cette corbeille ajourée et fleuronnée présente une couverte blanche à base d’étain, simplement ponctuée de quatre écussons d’armoiries. Dite a compendiario, cette production, comme son modèle italien développé en premier lieu à Faenza, se signale par la sobriété de son décor, très recherchée par les clientèles aisées de ce début de siècle. Les armoiries appartiennent à Jacques de Nouhes, baron de Sainte-Hermine (Vendée), et à son épouse Anne de Mornay, fille d’un proche d’Henri IV ; un décor qui laisse à penser que cette œuvre a été commandée suite à leur mariage célébré en 1603. Quelque peut être le lien entre la blancheur de la faïence et la foi réformée des commanditaires, ce type d’objets, au même titre que les terres vernissées de Saintonge au XVIe siècle, interrogent sur les liens entre les modèles d’orfèvrerie et leur déclinaison en céramique dite de demi-luxe.
Céramique
Gourde
La Puisaye, XVIème siècle
Les ateliers de La Puisaye, dans l’Yonne, sont à l’origine d’une production de céramiques de demi-luxe en grès à couverte bleu cobalt, dont relève cette œuvre. Celle-ci adopte la forme classique d’une gourde de pèlerin, à long col, panse aplatie et quatre passants, typologie qui connait de nombreux avatars dans des matériaux tels que le verre, la faïence ou l’étain. Le décor, identique sur les deux faces, a été réalisé par gravure, estampage et décor d’applique. La panse est ornée de deux médaillons circulaires rapportés. Au centre, le motif est celui d’un écu féminin mi-parti, alliant, selon les dernières hypothèses, les familles de Méligny à dextre et de Privey à senestre. Vraisemblablement destinée à une clientèle assez restreinte, sans doute ancrée dans la région par des liens familiaux, économiques ou politiques, cette production, quoique restreinte, présente une grande diversité iconographique, oscillant entre le répertoire religieux (gourde ornée d’une Annonciation au musée Adrien Dubouché), héraldique ou chevaleresque (gourde au profil de Preux du musée du Louvre).
Céramique
Aiguière
Les céramiques de Saint-Porchaire sont très rares : une cinquantaine de pièces seulement est conservée. L’aiguière d’Ecouen revêt donc une importance exceptionnelle et se distingue tant par sa virtuosité technique que par sa qualité esthétique. Largement tributaire des formes créées par l’orfèvrerie maniériste, perceptibles sur l’anse formée par un satyre, le mode de fabrication des oeuvres de Saint-Porchaire consiste à appliquer sur la surface un décor fabriqué à l’aide de matrices. La blancheur particulière de la pâte, à forte teneur en kaolin, inscrit cet objet dans les recherches des céramistes européens du XVIe siècle, soucieux d’imiter l’aspect de la porcelaine importée d’Extrême-Orient.En raison de leur fragilité, ces objets, sans doute fabriqués dans le Poitou, étaient considérés comme des pièces d’apparat. Ils étaient donc très recherchés par les collectionneurs et mécènes de la Renaissance, ainsi que tendent à le prouver les décors héraldiques figurant sur de nombreuses pièces. Cette aiguière porte ainsi les armoiries de Françoise de Brosse, épouse du Grand Ecuyer Claude Gouffier. Ce grand personnage de la Cour, propriétaire du château d’Oiron, avait commandé une grotte rustique, jamais réalisée, à Bernard Palissy. Il est possible de déceler dans la figure du reptile, formant le bec verseur, la trace d’un climat artistique commun aux céramistes de Saint-Porchaire et à Palissy. Quant aux arabesques décorant la panse de l’objet, elles témoignent de l’influence de l’univers des relieurs parisiens, dont les modèles doivent être recherchés dans des gravures ornementales d’un très grand raffinement.
Céramique
Bassin à décor de rustiques
Ce bassin ovale est caractéristique de la production du célèbre céramiste français Bernard Palissy (vers 1510 – 1590) dite "rustiques figulines". Dans son atelier de Saintes, il développe des terres vernissées de style rustique, qui lui vaudront le titre d' "inventeur des rustiques figulines du roi". Ce bassin, dont il existe un autre exemplaire de même composition au musée du Louvre (MR 2293), a sans doute été réalisé par ses suiveurs à la fin du XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle. Le décor animalier est orchestré par le serpent au centre sur un fonds imitant la roche. De part et d'autre, des animaux aquatiques (poissons et écrevisses) sont représentés sur un fonds d'eau, tandis que l'aile accueille des réptiles et des amphibiens. Le plat est parsemé de coquillages et de feuillages.Les animaux, coquillages et plantes sont moulés sur nature et intégrés au plat, tandis que le fonds est travaillé et sculpté pour imiter un rocher ou incisé pour imiter l'eau. Des effets de texture sont ainsi créés, restituant avec précision les écailles des animaux ou les rochers. Le tout est recouvert de glaçures translucides ou opaques donnant vie aux éléments moulés et parachevant le travail de Bernard Palissy, guidé par son obsession pour l'imitation de la nature.Ces recherches s'inscrivent dans le mouvement maniériste européen qui se développe au XVIe siècle et dont témoigne par ailleurs l'oeuvre de l'orfèvre de Nuremberg Wenzel Jamnitzer. Les bassins rustiques de Bernard Palissy sont étroitement liés à ses projets de grottes artificelles dont Anne de Montmorency au château d'Ecouen et Catherine de Médicis au jardin des Tuileries ont été des commanditaires. Le goût de l'illusion et de l'artifice caractérise ce maniérisme et est influencé par les lectures du Songe de Poliphile dans lequel on trouve des descriptions de ces architectures factices.
Céramique
Coupe à cabochons
Cette coupe fragmentaire en terre cuite provenant de l'atelier de Bernard Palissy est représentative de tout un pan de l'activité du céramiste connu sous le terme d'orfèvrerie de terre. Il s'agit de pièces en terre cuite émaillée reprenant des modèles issues de l'orfèvrerie. La coupe, godronnée en partie basse et recouverte d'un émail gris-bleu, imite en effet une pièce en pierre dure de lapis-lazuli, enrichie de cabochons de joaillerie sur la panse et sur le pied, comme il en existait au XVIe siècle. Ce type d'objets est le résultat d'un tirage en terre cuite d'après des moules réalisés sur des objets orfévrés. On a ainsi pu rapprocher un tirage en terre cuite d'un miroir découvert dans l'atelier de Bernard Palissy de son modèle en cuivre, conservé au musée national de la Renaissance (EP 1703/E.Cl. 1363). L'imitation de pierres dures par le jeu des glaçures et du mélange des argiles colorées, restituant des effets mouchetés ou veinés, constitue l'une des recherches majeures de l'oeuvre de Bernard Palissy. Il a par exemple réalisé de nombreuses pièces de vaisselles, comme des petites cuillers à manches en forme de termes, dont la glaçure imite le jaspe.Cette coupe fragmentaire fut reconstituée à partir de fragments retrouvés dans les fouilles du Carrousel du Louvre où se trouvait l'atelier de Bernard Palissy dans la seconde moitié du XVIe siècle. Le céramiste avait sans doute installé son atelier à proximité de la résidence de Catherine de Médicis lorsque la reine lui avait commandé une grotte artificelle pour son jardin des Tuileries. Le musée national de la Renaissance conserve le fonds d'atelier issu des fouilles des années 1980-1990.
Céramique
L'Histoire du Déluge
Rouen, vers 1555
Le plus célèbre faïencier rouennais du XVIe siècle, Masséot Abaquesne, fut employé par Anne de Montmorency pour la réalisation de pavementsde céramique dans ses châteaux de Fère-en-Tardenois et Écouen. Son oeuvre la plus célèbre exécutée pour le connétable est un ensemble de trois panneaux figurant l’Histoire du Déluge. L’épisode central, encadré d’une bordure décorative à motif métallique et végétal, représente l’entrée des animaux dans l’arche, sur les ordres de Noé.L’ampleur narrative de cette scène laisse entrevoir diverses origines iconographiques : tandis que le schéma général a pu être inspiré de gravures du peintre graveur lyonnais Bernard Salomon, le style plus affirmé des personnages et des drapés relève de l’école de Fontainebleau. Le traitement de la végétation et de la plupart des personnages fait référence à l’art de Jean Cousin, artiste très actif à Paris au milieu du XVIe siècle, mais on trouve en 1557 dans l’inventaire après décès du peintre Luca Penni, autre figure éminente de l’art bellifontain, la mention d’un dessin représentant le Déluge, sujet suffisamment rare à l’époque pour que l’on soit tenté de lui attribuer l’invention de l’oeuvre. Par leur qualité comme par leur monumentalité, ces panneaux de faïence participent de la quintessence de la Renaissance française.