Bijoux
Les bijoux, portés par les hommes comme par les femmes, reflètent le rang et la fortune de leurs propriétaires, mais aussi, de manière symbolique, leurs goûts ou leurs sentiments. Certains sont également dotés de valeurs d’usage ou de protection.
Les objets
Bijouterie
Pomme de senteur
Allemagne, vers 1600
A la Renaissance, le goût pour les parfums relève autant de l’agrément que de l’hygiène ; on attribue aux huiles essentielles, aux eaux florales et aux pâtes parfumés des valeurs d’assainissement de l’air permettant de lutter contre les maladies infectieuses et les diverses afflictions du corps. Ces parfums, aux odeurs très puissantes, ne sont pas portés directement à même la peau mais via des éléments de costume ou de parure, bracelets, colliers, chapelets ou boutons. L’un des bijoux de senteurs les plus courants est la pomme d’ambre ou pomander, petite sphère ajourée contenant un morceau d’ambre, concrétion trouvée dans l’estomac de certains cachalots qui était importée à grand prix en Europe. La pomme de senteur d’Ecouen en constitue une variante. Elle adopte la forme d’une orange ou d’une grenade, qui se déploie en plusieurs quartiers en s’ouvrant. Chaque compartiment porte sur son couvercle le nom allemand de l’herbe ou de l’épice qu’il est destiné à contenir (« Canel », « Rosmarin », « Schlag », « Negelken », « Ruhen », « Citronen »), dont l’odeur peut être libérée en ouvrant des glissières ; deux d’entre-elles sont manquantes. Dans les traités médicaux du temps, chacune de ces senteurs est associée à une vertu spécifique : la cannelle est antihémorragique et ant-spasmodique, le romarin stimulant et digestif… L’intérieur de la pomme est doré, pour éviter l’oxydation liée aux pâtes parfumées qui y étaient placées à l’aide d’une petite spatule dissimulée dans la base dévissable. Une dizaine d’exemplaires du même type, comprenant quatre, six ou huit compartiments, sont encore conservés et s’échelonnent du XIVe siècle au début du XVIIe siècle.
Bijouterie
Cupidon
Allemagne ou Pays-Bas, vers 1580-1610
Ce pendentif en forme de Cupidon tirant une flèche, rehaussé de diamants et de rubis constitue un témoignage précieux des parures surchargées de pierres précieuses, à la symbolique étudiée, qui emplissaient les corbeilles de noces des jeunes mariées de haut rang. Les premières mentions de pendentifs en ronde-bosse représentant de petits amours archers font leur apparition dans les archives princières dans les dernières décennies du XVIe siècle. Leur mode atteint son apogée dans les années 1580-1610, ce qui n’empêche pas ce type de bijoux de continuer d’être portés au-delà, notamment en Europe centrale où ils conservent tout au long du XVIIe siècle une certaine faveur. Outre le cupidon d’Ecouen, neuf autres exemplaires proches conservés en musée et en collections particulières sont identifiés. Leur proximité stylistique laisse supposer que plusieurs d’entre-eux ont été fabriqués dans le même atelier, sans doute en Allemagne ou aux Pays-Bas. L’exemplaire d’Ecouen a subi plusieurs remaniements : l’arc (qui à l’origine devait être serti de pierres précieuses) date sans doute du XIXe siècle, de même que la perle suspendue au carquois, au montage grossier et dépourvu de décor émaillé, contrairement aux perles en pendant fixées aux chevilles. Enfin, le système d’accrochage ancien a disparu, remplacé au XIXe siècle par des éléments de style Renaissance : les chaînettes ornées de perles ont été refixées de façon erronée aux deux extrémités des ailes, orientant la flèche de Cupidon vers le haut, alors que le pendentif était à l’origine présenté à l’horizontale. On distingue encore dans la chevelure les traces de l’un des anneaux d’origine, l’autre extrémité de la chaînette étant probablement fixée à son pied.
Bijouterie
Bague en « foi »
Paris, deuxième moitié du XVIe siècle
L’iconographie des mains jointes en « foi » remonte au rituel nuptial de la Rome antique, où les conjoints se serraient la main droite pour sceller leur union (dextrarum junctio). Gravé sur des intailles ou des camées antique, la foi représente la conclusion d’un contrat entre deux partis, puis, par extension, le respect de la parole donnée. Ce symbole réapparait au XIIIe siècle et demeure populaire tout au long du Moyen âge en décor de bagues ou des broches, sans qu’il soit réellement possible de déterminer si elles ont été produites pour célébrer une amitié, des fiançailles ou un mariage. La même ambiguïté subsiste à la Renaissance, où ce symbole est largement utilisé dans les arts décoratifs et est arboré en bijou indifféremment par les femmes et par les hommes. La bague émaillée du musée national de la Renaissance a été découverte dans la Seine en 1863, pendant les travaux menés par les Ponts et Chaussées pour canaliser l’un des bras du fleuve, aménager les berges et reconstruire plusieurs ponts. Quoiqu’endommagée par son séjour sous l’eau, on devine que les mains jointes étaient à l’origine entièrement émaillées de blanc et l’anneau rehaussé de noir opaque. Cette bague correspond à une typologie très répandue tout au long du XVIe siècle et jusque dans le premier tiers du XVIIe siècle, comme en témoignent les portraits, les nombreux exemplaires qui nous sont parvenus ou encore les modèles gravés (Pierre Woeiriot, Livre d’aneaux d’orfeverie, Lyon, 1561).