XVIe - XVIIe siècles
Les objets
Tapisserie
La Chute de Phaéton
Faisant partie d’un ensemble de trois acquises par le musée en 1994, cette tapisserie représente un épisode des Métamorphoses du poète latin Ovide très en vogue pendant la Renaissance : celui de la chute de Phaéton. Dominant un paysage fluvial animé de divers personnages et animaux, le dieu Neptune se tient debout sur une coquille tirée par trois chevaux marins ; Jupiter, à gauche, sur son aigle, vient de foudroyer Phaéton qui tombe avec son char disloqué ; à droite, la mère de Phaéton se lamente sur la berge. Les chevaux affolés évoluent suivant les signes du zodiaque séparés par des sabliers. L'auteur des cartons suit le texte d’Ovide très précisément sauf pour l'épitaphe qui souligne le caractère moralisateur donné à la représentation. L'histoire de Phaéton est présentée comme un exemple des punitions divines qui frappent les hommes trop ambitieux ; cette idée est développée par les Humanistes, notamment Érasme et Alciat.Le nom de l'auteur des modèles n’est pas connu, mais son style est caractéristique des ateliers de Bruxelles autour de 1540. Il pourrait s'agir d'un artiste œuvrant dans le sillage de Bernard Van Orley et Pieter Coecke van Aelst. Le style du dessin de cette tapisserie marque le triomphe de l'italianisme qui s'impose alors chez les peintres flamands notamment le travail sur la perspective, le traitement très musculeux des personnages et l'ampleur des compositions. La bordure ornée de guirlandes de fleurs et de fruits ainsi que de putti est d'une grande richesse et d'un dessin totalement nouveau. Ces qualités de composition sont servies par la perfection du tissage et l'éclat encore très vif des coloris.Au XVIe siècle, les Flandres deviennent le principal centre de production européen de la tapisserie avec les villes d'Audenarde, de Bruxelles, de Grammont et d’Enghien. De nombreux exemplaires de cette époque existent encore, démontrant le détail complexe des motifs et des couleurs. On connaît d'ailleurs d'après le même carton, une tapisserie représentant la Chute de Phaéton tissée à Enghien vers 1560 et deux séries simplifiées d'après les mêmes modèles tissées à Bruxelles au XVIIe siècle.
Tapisserie
Le Dîner du Général
Dès le XVe siècle, les princes italiens s’entourent d’artisans nordiques, notamment de liciers flamands : à Mantoue, Louis de Gonzague est l’un des plus grands amateurs de tapisseries flamandes de son temps. Héritée d’une tradition gothique, la tapisserie flamande subit peu à peu l’influence italienne et abandonne progressivement l’étagement des personnages, l’utilisation des couleurs limitée à des tons fondamentaux, ainsi que la monumentalité des figures, pour privilégier la mise en place d’effets de perspective, de paysages en profondeur, d’architectures italiennes et de nuances de couleurs. Intervenant dans la première moitié du XVIe siècle, cette évolution s’incarne dans la série des Actes des Apôtres, tissée à Bruxelles d’après les dessins de Raphaël à la suite d’une commande du pape Léon X, vers 1515, pour la chapelle Sixtine. La guerre constitue un thème récurrent de l’art des liciers, enclins à représenter de grandes scènes de batailles victorieuses : les Fructus Belli tendent au contraire à réfuter son bien-fondé. Cette pièce, intitulée Le Dîner du Général, appartient à cet ensemble commandé par Ferdinand de Gonzague (1507-1557), duc d’Ariano et seigneur de Guastalla, fait chevalier de la Toison d’or à l’âge de vingt-trois ans en récompense de ses hauts faits d’armes. Celui-ci constitue une importante collection de tapisseries, surtout bruxelloises, parmi lesquelles cette tenture portant l’inscription « Fructus Belli » (« Les Fruits de la Guerre »), qui semble être un thème général plus qu’un véritable titre. L’œuvre a certainement été commencée dans les années 1545-1546, à la suite de la commande de Ferdinand de Gonzague en 1544. On peut y voir, inscrites sur les bordures latérales, les mentions suivantes : venant compléter le thème général, « NON S[IN]E FAST[IDI]O » (« Non sans dégoût »), et sur la bordure inférieure, « SVS », pouvant être interprété comme « SIC VICTOR / ULTORSUM » (« C’est ainsi que je suis vainqueur / vengeur »). Le musée national de la Renaissance conserve une autre pièce de la tenture des Fructus Belli, intitulée La Paye des soldats (Ec. 101a) et le musée du Louvre, plusieurs cartons de Giulio Romano préparatoires aux autres pièces de la tenture.
Broderie
L'Adoration du Veau d'Or
France, Paris (?), milieu du XVIe siècle
Ce panneau brodé de fils de soie et de filés métalliques sur une fine toile de lin présente, au premier plan, la danse folle des Hébreux autour du Veau d’Or et, au second plan, Moïse brisant les tables de la Loi. Selon l’Exode (XXXII, 1 – 24), tandis que Moïse a laissé le peuple hébreu dans le désert pour gravir le Mont Sinaï, ce dernier doute et se fabrique un veau d’or. Le peuple hébreu proclame alors : « Voici ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Egypte » et se met à l’adorer. La préciosité des matériaux et des techniques indiquent une origine royale ou princière et le travail de brodeurs parisiens. Bien qu’aucun document ancien ne le prouve, cette œuvre est considérée comme un vestige du « meuble du sacre » des rois et des reines de France. Ce rapprochement est lié à la description du lit du sacre de Louis XVI datée de 1775 selon laquelle, ce lit « fait par les ordres de François Ier » réalisé d’après les dessins de Raphaël avait déjà été transformé pour le sacre de Louis XV en 1722. Bien connues par les dessins de Pierre Dulin conservés au musée du Louvre, aucune des scènes représentées sur les pentes du lit du sacre de Louis XV ne ressemble à cette broderie. Notre médaillon a pu faire partie d’un tel ensemble mais la trace de cette éventuelle commande n’a pas été retrouvée à ce jour. Néanmoins cette broderie est d’une grande qualité de dessin et d’exécution, notamment par la combinaison de techniques virtuoses (passé plat, passé empiétant, or nué, couchure) rendant un effet de profondeur. Le dessin tout en mouvement rattache cette œuvre au style des peintres de la première école de Fontainebleau. En effet, la composition en farandole autour de la colonne du veau d’or peut être rapprochée de certaines représentations de danse comme celle des Dryades par Rosso Fiorentino gravée par Pierre Milan ou celle des nymphes par Jacques Androuet Du Cerceau. Très peu d’œuvres de cette qualité sont aujourd’hui conservées ; citons néanmoins un médaillon en mains privées représentant Moïse expliquant aux Hébreux les tables de la Loi et les deux médaillons vestiges d'un ensemble commandé par Diane de Poitiers, brodés par Robert Mestays à Paris et conservés au musée des Tissus de Lyon.
Broderie
Panneau à décor de rinceaux
Ce panneau provenant peut-être d’une parure de lit est orné de rinceaux à l’italienne répartis de part et d’autre d’un médaillon ovale. On y distingue des dragons suivis de monstres marins dont les extrémités du corps se terminent en feuillage, de deux putti ailés et de deux putti dont les jambes se transforment en végétation. Ce type d’ornement issu des compositions de Raphaël et de Giovanni da Udine connut un grand succès à travers l’Europe du XVIe siècle. La scène centrale a été interprétée comme le Parnasse : Apollon dans le ciel jouerait de la lyra da braccio (en remplacement de la lyre antique) et les Muses danseraient autour de lui. Or seuls sept personnages sont représentés ; ils semblent former des couples au sein desquels on distingue nettement un homme et une femme. L’hypothèse des neuf muses est donc à écarter et l’interprétation iconographique demeure à préciser. Cette scène de danseurs est inscrite dans un médaillon ovale rappelant ceux des gravures de Cornelis Cort, Paul Flindt ou Jacques Androuet Du Cerceau. La composition de cette œuvre permet de la rattacher à un groupe de panneaux brodées où un médaillon central est entouré de rinceaux ou de grotesques dont les modèles circulent à travers l’Europe entière. Citons notamment les lambrequins d’un ciel de lit conservés au Metropolitan Museum of Art de New York, les fragments de tenture aux grotesques conservés au musée des Arts décoratifs de Paris ou encore le panneau brodé orné de l’histoire de Jacob et ses filles de la collection Michael J. Hall.Les fils de soie sont brodés sur le support de taffetas vert au passé plat et au passé empiétant tandis que les filés métalliques sont appliqués en couchure. La qualité d’exécution et la nature des matériaux employés permet de penser que cette œuvre est issue d’un atelier de brodeurs professionnels sans doute français.
Broderie
Le Triomphe de Joseph
Ce panneau dont le temps a terni les couleurs présente le Triomphe de Joseph, comme le raconte la Genèse (41, 37-43). Fils de Jacob, Joseph est vendu comme esclave par ses frères jaloux, puis jeté en prison pour avoir résisté aux avances de la femme de Putiphar. Il finit néanmoins par obtenir les faveurs de Pharaon qui, impressionné par sa clairvoyance, lui confie l'administration de son empire. Il est alors récompensé par le souverain égyptien qui lui passe l'anneau au doigt, lui met un collier d'or autour du cou et le fait monter sur un char de triomphe, scène représentée ici et qui préfigure l'entrée du Christ à Jérusalem.L'iconographie adoptée dans la broderie se rapproche de celle, traditionnelle des chars de triomphe, hérités à la fois de l'Antiquité et des triomphes de Pétrarque, traduits en tapisseries, ainsi que des représentations du triomphe de la vertu, des vices et de l'amour fréquemment figurés au cours du XVIe siècle.En effet, un triomphe de la Prudence gravé par Philippe Galle d'après Martin Van Heemskercke constitue un modèle pour le char de triomphe de Joseph et Pharaon tandis que les personnages sont inspirés d'autres sources, comme l'homme à gauche de la broderie qui semble tiré d'une autre gravure de Philippe Galle d'après Stradanus, le triomphe de Claude.Certains épisodes de l’histoire de Joseph sont fréquemment repris en broderie au petit point comme ce Triomphe de Joseph. Très apprécié dans les années 1570-1610, ce type de broderie est pratiqué par des brodeurs professionnels comme par les femmes de la société de cour. Elle permet la réalisation d’accessoires de mode (bourses, étuis) mais surtout d’ornements du décor intérieur tels que les coussins, les parures de lit, les garnitures de siège ou encore certaines tentures murales. La représentation en frise des triomphes se prête à merveille à la composition en longueur des pentes de lit (longues bandes de tissu faisant le tour du baldaquin).