Le mobilier de la Seconde Renaissance française
Durant la seconde Renaissance (1530-1590 environ), les scènes figurées deviennent le décor dominant.
La structure du meuble disparaît également derrière un riche décor. Ces évolutions ont été souvent attribuées au graveur Jacques Androuet du Cerceau (qui a pu contribuer à la diffusion de nouveaux modèles) et au menuisier dijonnais Hugues Sambin, mais bien d’autres noms sont sans doute à découvrir.
Les objets
Meubles et panneaux
Armoire de Clairvaux
Bourgogne, dernier quart du XVIe siècle
Provenant de l’abbaye de Clairvaux (Aube), cette armoire présente une structure à deux corps typique de la nouvelle conception des meubles de cette époque. La profusion de son décor sculpté, dans la tradition du style de Hugues Sambin, en fait sans conteste l’un des plus beaux meubles conservés de la Renaissance française.Dès la seconde moitié du XVIe siècle, l’architecture influence la forme des armoires, cabinets, buffets, construits comme de petits « monuments», et le décor des meubles s’italianise. Les motifs ornementaux de cette armoire sont directement inspirés de l’école de Fontainebleau : termes canéphores, dont six aux angles du corps supérieur et un entre les deux vantaux inférieurs - figures utilisées ici comme de purs emblèmes maniéristes -, rinceaux, oiseaux, corbeilles, guirlandes de fruits et de fleurs, palmettes et masques de satyres.Ce meuble, certainement destiné à abriter les objets précieux du commanditaire, a conservé à l’intérieur du corps supérieur un revêtement de soie verte tendue par des galons dorés, dont les clous à tête ronde sont dorés. Ce revêtement était courant pour les meubles précieux. Ce décor, fragile, a très souvent disparu dans la plupart des armoires conservées.
Meubles et panneaux
Armoire dite de Thoisy-la-Berchère
France, entre 1585 et 1601
Cette armoire tire son nom d’un château de Bourgogne dont elle provient et elle porte un monogramme qui est peut-être celui de son commanditaire, Jean-Baptiste Legoux de la Berchère. Elle a été rattachée à la production du menuisier Hugues Sambin. Les figures sculptées qui rythment la façade rappellent l’intérêt de cet artiste pour les « termes », supports en partie humains et en partie architecturaux, auquel il a consacré un ouvrage en 1572. Le centre de chaque panneau est orné d’une arcade qui évoque une sorte d’architecture miniature, enserrée dans un réseau d’entrelacs végétaux sculptés très dense. Ces arcades abritent des scènes en camaïeu d’or qui racontent la vie de deux frères de l’Ancien Testament, Esaü et Jacob et de l’un des fils de ce dernier, Joseph. Elles rappellent le style du peintre Evrard Bredin qui semble avoir travaillé avec Hugues Sambin au décor de plusieurs meubles. D’autres meubles reprennent la composition générale de l’armoire de Thoisy la Berchère : elle fait donc partie d’un ensemble de mobilier de luxe mais conçu en série au sein de l’atelier.
Meubles et panneaux
Coffre orné du "Sacrifice d'Isaac"
France, vers 1590-1620
Le coffre présente en façade un grand paysage où l’on peut voir plusieurs scènes tirées d’un épisode de l’Ancien Testament de la Bible : pour éprouver sa foi, Dieu ordonne à Abraham de lui sacrifier son fils unique Isaac. Le père se met en route avec deux serviteurs et un âne (à droite) ; au moment où il s’apprête à égorger Isaac, un ange arrête son bras (au centre) et c’est finalement un bélier caché dans un buisson voisin (à gauche) qui sert au sacrifice. Le succès de cet épisode s’explique par son caractère dramatique et théâtral, mais aussi parce qu’il est compris comme une préfiguration du sacrifice du Christ sur la croix. Il a fait l’objet de multiples débats entre Catholiques et Protestants. Pour toutes ces raisons, il n’est pas surprenant de le voir figurer sur un coffre qui était probablement destiné à une habitation et non à un édifice religieux. Dans les angles et sur les côtés, les quatre figures sont des allégories des quatre saisons, dont l’une est copiée sur un modèle inventé par Hendrick Goltzius et publié en 1589. Il n’y a donc pas de cohérence totale entre les différents thèmes qui ornent le meuble.