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Horloge de table hexagonale en forme de tour
Horloge de table hexagonale en forme de tour © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Mathieu Rabeau

Instruments de mesure du temps et automates

La mesure du temps par le biais d’instruments de mesure demeure, à la Renaissance, un luxe réservé à une petite élite. 

Les horloges et les montres, précieuses mais imprécises, marquent des décalages de plus d’une heure par jour, ce qui explique le succès persistant des cadrans solaires tout au long du siècle. 

Les objets

Instruments de mesure

Cadran solaire en forme de calice

Allemagne, fin du XVIe siècle ou début du XVIIe siècle 

Ce cadran solaire en argent partiellement doré mesure environ treize centimètres de hauteur. Il est composé de deux parties : une panse de forme tronconique, formée d'une plaque gravée et soudée, et un pied tourné. Un décor de rinceaux et de rubans géométriques orne partie supérieure, tandis que deux bandes de décor de diamants animent la partie inférieure. Les lignes gravées à l'intérieur du calice renvoient aux équinoxes et aux solstices, ainsi qu'aux heures inégales et aux heures égales. Un calendrier zodiacal (où figurent les noms des mois et des signes) est par ailleurs gravé sur le rebord. Cet objet particulièrement rare peut être rapproché de quatre autres cadrans comparables (dont deux au British Museum, à Londres).  Le Musée national de la Renaissance conserve plusieurs cadrans solaires portatifs. Ces instruments, fabriqués généralement dans des matériaux précieux (argent, laiton doré, ivoire), furent produits en Europe au Moyen-Age mais aussi à l'époque moderne. En effet, l'apparition des premières montres, loin de condamner leur utilisation, mit au contraire en avant leur fiabilité. Les montres et les cadrans solaires furent donc complémentaires jusqu'au XIXe siècle. Deux grands types de cadrans solaires coexistèrent : les cadrans de hauteur (composés d'un cylindre vertical) et les cadrans solaires de direction (dotés d'une boussole) tels que les cadrans horizontaux et les cadrans équinoxiaux. Parmi les cadrans horizontaux, le type à fil-axe est caractéristique du XVIe siècle et de la première moitié du XVIIe siècle ; le porte-ombre y est constitué d'un fil tendu entre un support vertical et un support horizontal, sur lequel l'heure est lue. Les cadrans équinoxiaux, en revanche, sont munis d'une table horaire inclinable, à placer parallèlement au plan de l'équateur. L'échelle horaire est divisée en parties inégales dans le premier système, alors qu'il l'est en parties égales dans le second. Les cadrans solaires horizontaux peuvent adopter des formes variées, comme par exemple celle de diptyque, de croix ou même de calice. L'association de cadrans, de boussoles, de roses des vents et de tables de conversion a pu donner naissance à de véritables nécessaires astronomiques.  

Cadran solaire en forme de calice
Cadran solaire en forme de calice © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Mathieu Rabeau
Cadran solaire en forme de calice

Horlogerie

Montre en forme d’étoile à 10 branches

Genève, 1ère moitié du XVIIe siècle

Cette montre adopte la forme d’une étoile à dix branches au boitier entièrement serti de diamants. À l'intérieur, des rinceaux et des fleurettes en émaux colorés se détachent sur un émail noir. La plaque du cadran et la plaque du fond de la montre protègent le mouvement. Comme souvent, boîtier et mouvement n’ont pas été fabriqués au sein du même atelier, témoignant de la spécialisation des différents corps de métier de l’abondante circulation de « pièces détachées » en Europe.  Quant au mouvement, il est signé Duboule, du nom d’horlogers genevois actifs entre la fin du XVIe siècle et la seconde moitié du XVIIe siècle. On l'attribue de préférence à Martin Duboule, qui vécut de 1583 à 1639, plutôt qu'à son fils Jean-Baptiste. La Suisse abrite dès le XVIe siècle une communauté horlogère prospère, constituée d’anciens orfèvres convertis à l’horlogerie pour contourner les lois somptuaires calvinistes et de huguenots français fuyant les guerres de religion.   

Montre en forme d’étoile à 10 branches
Montre en forme d’étoile à 10 branches © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Mathieu Rabeau
Montre en forme d’étoile à 10 branches

Horloge

Horloge de table hexagonale en forme de tour

Abbeville - 16e siècle (4e quart)

La généralisation des instruments de précision au XVIe siècle et surtout la forte demande d'une clientèle qui voit dans les nouvelles horloges portatives un objet décoratif autant qu'utilitaire, transforme le métier d'horloger. De ' mécanicien ' il devient artiste, choisissant le décorateur auquel il s'associer la règle voulant que les deux fonctions demeurent séparées. Les formes -circulaires, ovales, tambour- et les décors -gravés et inspirés de gravures flamandes, françaises ou allemandes qui circulent dans toute l'Europe et dont on a déjà dit le rôle considérable qu'elles jouent dans la diffusion des modèles décoratifs- varient. Le modèle du musée national de la Renaissance qui est présenté ici est caractéristique de ce genre. L'horloge est en bronze doré, surmontée d'un dôme hémisphérique ajouré d'un décor de vases de fleurs séparés par des figures de termes. Au sommet, une figurine en argent montre un archer nu assis sur un globe. Les six faces du tambour sont gravées d'une divinité symbolisant un jour de la semaine : sous le cadran, on trouve Saturne, allongé nu et brandissant une faux. Puis viennent la Lune sous les traits d'une jeune femme qui porte un croissant, Mars debout, de profil, en armure, avec un oiseau fabuleux sur son casque, Mercure vêtu à l'antique portant un caducée, Jupiter, en guerrier, tenant une épée sur l'épaule et enfin Vénus qui tient dans sa main tendue un coeur enflammé. Or, ces personnages sont gravés d'après les mêmes dessins qu'une autre horloge conservée au musée natinoal de la Renaissance (signée Beauvais), dessins qu'on doit au maître-graveur I.B., Georg Pencz, connu à Nuremberg de 1523 à 1550, ce qui prouve bien la circulation intensive des gravures au XVIe siècle. Le mécanisme est un mouvement à deux étages, soutenu par des colonnettes en acier tourné. En haut, le mouvement principal présente des roues en laiton, une fusée et une corde à boyau, de même que le train de sonnerie en bas. La roue de compte est située en dessous. Le fond de la boîte porte, à l'intérieur, la signature de N.Plantart, horloger à Abbeville.

Horloge de table hexagonale en forme de tour
Horloge de table hexagonale en forme de tour © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Mathieu Rabeau
Horloge de table hexagonale en forme de tour

Horloge

Nef automate dite "de Charles Quint"

Augsbourg, vers 1580

La nef du musée national de la Renaissance est l’un des automates de table les plus élaborés qui nous soient parvenus. C’est un galion à trois mâts, armé de canons dont l’un se cache dans la figure de proue en forme de dragon. Sa vaste coque en laiton doré est ciselée d’ornements et, sous la ligne de flottaison, de monstres marins émergeant des flots. Sur le pont, l’empereur Charles Quint trône sous un baldaquin, devant lui défilent trois hérauts suivis par le cortège huit princes électeurs reconnaissables à leur bonnet d’hermine ; dix trompettes, un tambour et un timbalier forment une haie ; des marins postés sur les hunes et le pont observent la fanfare. La coque du navire ne dissimule pas moins de sept mouvements qui commandent le cadran au pied du grand mât, déclenchent la sonnerie des heures et des quarts et animent les bras des marins situés sur le mât. Des mécanismes musicaux actionnent les trompettistes et le timbalier, provoquant la rotation de la plateforme des électeurs, le salut de chacun d’eux devant l’empereur et le mouvement du bras de celui-ci. Les empereurs allemands ont accueilli et soutenu une pléiade de savants, mathématiciens et astronomes dont les découvertes donnaient lieu à la fabrication de prototypes destinés à leurs collections de scientifica. En marge de ces travaux est développé le goût pour de savants automates dont la ville d'Augsbourg se fit la spécialiste grâce aux talents réunis de ses horlogers et de ses orfèvres. La nef d’Ecouen est l’œuvre du maître horloger Hans Schlottheim, établi dans la ville d’Augsbourg à partir des années 1570. Remarqué par l’Empereur Rodolphe II, Schlottheim s’établit à son service à Prague entre 1586 et 1589. On le retrouve ensuite à Dresde, en 1589 et 1593, auprès du prince-électeur de Saxe Christian Ier. Schlottheim est l’auteur d’au moins trois nefs automates : outre celle d’Ecouen, une nef est conservée dans les collections du Kunsthistorisches Museum de Vienne et une autre au British Museum de Londres. Toutes trois peuvent être rattachées à des collections prestigieuses : celle de Vienne a probablement été commandée par Rodolphe II et les deux nefs d’Ecouen et de Londres sont identifiées dans l’inventaire de la Kunstkammer de Dresde, dressé en 1587.   Nef de Charles Quint par musee-renaissance    

Nef automate dite « de Charles Quint »
Nef automate dite « de Charles Quint » © GrandPalaisRmn (musée de la Renaissance, château d'Ecouen) / Michel Urtado
Nef automate dite "de Charles Quint"