2018
Quelques acquisitions réalisées par le musée national de la Renaissance en 2018.
Les objets
Livre imprimé
P. Terentii Afri Poetae Liepidissimi Comediae
Paris, 1552
Esclave africain affranchi, Térence est l’auteur de six comédies célèbres de son vivant. Ses pièces dépeignant la vie quotidienne et les rapports humains, connaissent un nouvel engouement dans toute l’Europe grâce à de nombreuses éditions dès le XVe siècle. Celle-ci a été établie par Jean Thierry dit « de Beauvais » et éditée à Lyon en 1552 par Jean de Roigny. Le texte de Térence est imprimé au centre de chaque page et entouré des commentaires des interprètes successifs dont Erasme et Melanchton. Le volume est augmenté du commentaire de Jean Thierry lui-même révélant que la lecture du théâtre s’inscrit dans la démarche érudite des lettrés humanistes. Le texte est illustré de 151 vignettes gravées reprenant celles des éditions vénitiennes de Lazarus Soardis (1497) et de Hieronymus Scotus (1545). Elles représentent la scène et le jeu des comédiens. Pourtant ces représentations s’éloignent de toute réalité scénique. Il s’agit donc bien d’un ouvrage de délectation et d’érudition emblématique du renouveau intellectuel de la Renaissance.
Broderie/Textile
Saint Pierre dans un paysage
Atelier français, atelier italien ou atelier extra-européen (?)
Deuxième moitié du XVIe siècle (?)
La largeur de cette pièce brodée sur toile correspond aux dimensions habituelles des orfrois d’apparat et tend à prouver qu’elle provient d’une bande d’orfroi de chape ou de dalmatique. Le personnage auréolé qui occupe le centre de la composition, tenant un livre et une clef est aisément identifiable comme saint Pierre. Son dessin élégant, les traits fins de son visage et sa posture souple rappellent la virtuosité de certaines broderies des ateliers florentins et parisiens. Il se détache sur un paysage composé de grosses balles bleues, jaunes, vertes grises, d’un ciel étoilé aux nuages en forme de fleurs et d’arbres au feuillage schématique. Ce décor disproportionné et naïf sans lien stylistique avec la figure du saint pourrait émaner d’un atelier extra-européen, peut-être indien. Il pourrait donc s’agir du réemploi d’une broderie européenne par un atelier plus lointain attestant des échanges artistiques et commerciaux alors nombreux à travers le globe. Don de Mathieu et Gabriela Sismann
Céramique
Gourde
La Puisaye, XVIème siècle
Les ateliers de La Puisaye, dans l’Yonne, sont à l’origine d’une production de céramiques de demi-luxe en grès à couverte bleu cobalt, dont relève cette œuvre. Celle-ci adopte la forme classique d’une gourde de pèlerin, à long col, panse aplatie et quatre passants, typologie qui connait de nombreux avatars dans des matériaux tels que le verre, la faïence ou l’étain. Le décor, identique sur les deux faces, a été réalisé par gravure, estampage et décor d’applique. La panse est ornée de deux médaillons circulaires rapportés. Au centre, le motif est celui d’un écu féminin mi-parti, alliant, selon les dernières hypothèses, les familles de Méligny à dextre et de Privey à senestre. Vraisemblablement destinée à une clientèle assez restreinte, sans doute ancrée dans la région par des liens familiaux, économiques ou politiques, cette production, quoique restreinte, présente une grande diversité iconographique, oscillant entre le répertoire religieux (gourde ornée d’une Annonciation au musée Adrien Dubouché), héraldique ou chevaleresque (gourde au profil de Preux du musée du Louvre).