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Nouvelle acquisition : cruche de Frechen

Un grès allemand monté en orfèvrerie

Nouvelle acquisition : cruche de Frechen

Nouvelle acquisition : cruche de Frechen

Cruche en grès montée en orfèvrerie, Frechen et Londres, 1566
Publié le 04 Août 2015
Un grès allemand monté en orfèvrerie

Cruche en grès montée en argent

Frechen (cruche)

Robert Taylboyes, Londres (actif 1549-1580), 1566 (monture)

Grès et argent doré

H. : 23 cm ; D. pied : 10,5 cm

 

 

Au XVIe siècle, l’aristocratie anglaise développe un intérêt particulier pour les grès allemands, importés des ateliers de Cologne-Frechen, Siegburg ou Raeren, qu’elle dote de montures en argent doré. L’œuvre acquise par le musée national de la Renaissance constitue un témoignage de cette mode qui s’inscrit plus généralement dans le goût européen pour les pièces enrichies de montures précieuses.

 

L’œuvre est composite, assemblant une cruche en grès, un pied et une monture en argent doré. La cruche, à panse globulaire et au col circulaire, est couverte d'un engobe moucheté, tigré, expliquant le terme de tigerware employé par les Anglais pour évoquer cette production. Cet effet serait dû à la structure même de l’argile, très riche en quartz. Il s’agit d’une production typique des ateliers de Frechen, dans la vallée du Rhin, exportée en abondance en Angleterre dès le milieu du XVIe siècle. La monture en argent doré a été ajoutée à Londres, c’est-à-dire sur le lieu de distribution, comme c’est le cas pour les montures en étain, à la fois fonctionnelles et décoratives, qui complètent la grande majorité des grès allemands des XVIe et XVIIe siècles. Elle se compose d’un couvercle et d’un pied ; elle porte quatre poinçons : un léopard et une tête de léopard faisant référence à la ville de Londres, un "I", lettre annale pour 1566 et une marque d'orfèvre, une tête de cerf, traditionnellement associée à Robert Taylboyes (mort en 1580). La date est inscrite par deux fois sur la boîte sous le poucier. Le couvercle présente des motifs de godrons et un poucier en forme de tête de lion. Sur le col se déroulent des arabesques et de fleurettes gravées, agencées sur trois registres. Comme bien d’autres exemples contemporains, ce répertoire décoratif s’inspire des modèles du graveur anversois Balthazar Sylvius (né en 1518 – maître en 1543). Le pied, composé d’oves et de dards, porte également une inscription, « IX OZ – 8 ½ IN », faisant référence au poids et à la dimension de l’œuvre. L’orfèvre Robert Taylboyes n’est pas un inconnu. Son corpus comporte aujourd’hui huit pièces, dont six montures destinées à des grès allemands. Deux de ces réalisations sont conservées dans de prestigieuses collections anglaises (un calice au Victoria and Albert Museum et une canette de Siegburg montée en argent à l’Ashmolean Museum d’Oxford).

 

Si des exemples de grès dotés de montures précieuses existent en Allemagne et en Hollande, le phénomène connaît une ampleur exceptionnelle en Angleterre, circonscrite au XVIe siècle. Le goût pour ces pièces orfévrées se diffuse de façon très classique. Elles paraissent d’abord en faveur auprès des élites de la Cour d’Angleterre, tel le Cardinal Wolsey ou Thomas Cromwell dès les années 1520. Elles sont également signalées dans les inventaires de la Couronne anglaise jusqu’en 1574. Elles gagnent ensuite le vaisselier des élites urbaines qui multiplient les commandes auprès des orfèvres de Londres, mais également d’Exeter et de Norwich. Cette mode répond au goût contemporain pour les pierres dures montées en orfèvrerie. L’aspect moucheté de la couverte de ces grès en est bien un rappel. En témoigne également la production de céramiques marbrées attribuée aux ateliers d’Anvers dont les Malling jugs, cruches enrichies de montures similaires, constituent l’exemple le plus recherché. La mention de céramiques au décor comparable dans l’inventaire de Catherine de Médicis daté de 1589 confirme cet engouement.