40 ans de restaurations

Conserver et préserver les collections pour les générations futures constitue l’une des missions principales du musée. Certaines restaurations sont spectaculaires, d’autres plus discrètes, mais toutes ont pour but de maintenir les œuvres dans un état stable et lisible : il ne s’agit pas de recréer les éléments disparus, mais de préserver et de mettre en valeur au mieux ce qui a été conservé. Lors de la création du musée national de la Renaissance à partir des collections du musée de Cluny, de grands chantiers de restauration ont été menés pour permettre de présenter au public des œuvres auparavant conservées en réserve. Cette politique très active s’est ensuite prolongée et développée depuis l’ouverture du musée, à travers des campagnes annuelles de restaurations sur les collections de verres, de textiles ou encore de cuirs. Ces matériaux sont en effet particulièrement sensibles aux variations climatiques ou à la lumière, et certains, comme les verres, connaissent des « maladies » inhérentes à leur composition chimique. Ils ont donc besoin d’un suivi régulier et d’un contrôle strict de leurs conditions de conservation.
 

En plus de ces actions de fond, nombre d’opérations de grande envergure ont été menées au cours des quarante dernières années : la restauration de la tenture en cuir de l’Histoire de Scipion, du banc d’orfèvre de l’Électeur de Saxe, du triptyque en plumasserie de la Crucifixion, des grands émaux de Pierre Courteys… Nous n’en détaillerons ici que quelques-unes, concernant certaines des œuvres les plus emblématiques du musée.

 

 

 

 

En 1996 a été entreprise la restauration de la Nef de Charles Quint, horloge automate exceptionnelle par sa richesse et sa complexité technique. L’opération de nettoyage et de consolidation des parties fragiles qui a été menée a également permis, en la démontant entièrement, de mieux comprendre son mécanisme et son fonctionnement. La restauration d’une œuvre constitue en effet une très bonne occasion de mieux étudier ses matériaux et sa technique de fabrication, et de progresser dans notre compréhension de son histoire : la restauration de la nef a ainsi débouché sur une exposition temporaire, ainsi que sur la création d’un nouveau matériel de médiation vidéo à destination du public.
 

Autre opération d’envergure, la restauration de la tenture de David et Bethsabée. Composée de dix tapisseries sur 75 mètres de long, peuplé de plus de six cents personnages, cet ensemble constitue l’un des sommets de l’art des liciers de Bruxelles au XVIe siècle. Mais les tapisseries sont des œuvres extrêmement fragiles : la lumière les décolore, les attaques d’insectes peuvent les détériorer, leur poids peut entraîner des déchirures… Il était donc nécessaire, pour empêcher que David et Bethsabée ne connaisse des dommages irrémédiables, de mettre en œuvre une grande opération de nettoyage et de doublage des tapisseries ; celle-ci s’est déroulée entre 2004 et 2006, avec le concours d’Aéroport de Paris, qui a été sensible à l’importance patrimoniale de cette œuvre et a souhaité être mécène de sa restauration. Suite à cette opération, les tapisseries ont été raccrochées dans une présentation renouvelée, plus respectueuse de leur conservation.
 

Enfin, en 2013, la Cène, copie de l’œuvre de Léonard de Vinci réalisée par Marco d’Oggiono a également bénéficié d’une restauration importante, en collaboration avec le département des Peintures du Louvre (musée déposant), le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France (C2RMF) et grâce au mécénat de BNP Paribas. Témoignage essentiel sur la fresque originelle de Léonard, aujourd’hui très dégradée, ce tableau était profondément empoussiéré et encrassé, avec d’anciennes restaurations trop visibles et un vernis devenu opaque avec le temps. Une intervention fondamentale était nécessaire pour qu’il puisse reprendre tout son éclat, avant de retrouver la place qui est la sienne depuis le XVIe siècle au sein de la chapelle du château.

 

 

 

 

Le musée joue par ailleurs un rôle moteur sur des projets plus larges : il appartient au groupe de restauration du mobilier Renaissance piloté par le C2RMF et anime le projet Palissy, autour de l’étude et la restauration des plâtres de Bernard Palissy : un comité de travail associant historiens de l’art, scientifiques et restaurateurs travaille autour de ces œuvres afin de mieux comprendre les matériaux et la technique de l’artiste.