40 ans d'acquisitions

Depuis 1977, le musée national de la Renaissance au château d’Écouen n’a eu de cesse d’enrichir le fonds déjà important hérité du musée de Cluny. Quelque 330 œuvres ont été acquises depuis l’ouverture, correspondant à la politique d’acquisition forgée par les directeurs successifs et complété par les dons reçus au cours de ces quarante années. Dans ces choix, l’objectif principal a toujours été de refléter au mieux l’identité de l’institution construite autour du château et des collections qu’il accueille.

La grande variété du fonds initial, couvrant la majorité des domaines des arts décoratifs de la Renaissance, s’y retrouve : orfèvrerie, céramique, verrerie, arts du textile, arts du métal, etc. La peinture, la sculpture, les livres et les arts graphiques sont également représentés. La politique d’acquisition du musée est définie par deux éléments : la volonté de compléter d’éventuelles lacunes dans les collections et la nécessité de saisir les opportunités qui se présentent sur le marché de l’art. Les critères sont la valeur esthétique mais également historique des œuvres, leur représentativité dans l’histoire des arts décoratifs et du goût du XVIe siècle, leur capacité à évoquer la civilisation européenne de la Renaissance et leur rôle dans la diffusion des modèles.

Parmi les enrichissements notables de ces quarante dernières années, citons pour les arts textiles plusieurs pièces de tapisserie issues des ateliers les plus importants de la Renaissance : les Fructus Belli (Les Fruits de la Guerre), tissés à Bruxelles en 1545-1548 d’après des cartons de Giulio Romano (1991), trois pièces également bruxelloises de l’Histoire de Phaéton, datées vers 1540 (1994), l’Âge viril de l’homme sur un modèle de Giovanni Stradano tissé à Florence vers 1564 pour le Palazzo Vecchio (1993) ou encore deux pièces de l’Histoire de Diane, tenture tissée à Paris pour Diane de Poitiers et dont il ne reste que quatre autres pièces aujourd’hui. Depuis 2014, une rare cassette brodée d’après des gravures de Bernard Salomon illustrant la vie de Moïse témoigne dans les collections du musée du talent des ateliers de brodeurs parisiens à la fin XVIe siècle.

Dans les autres domaines, les collections du musée se sont étoffées grâce à l’acquisition de l’armoire dite « de Thoisy-la-Berchère », attribuée à Hugues Sambin (2001). Une rare aiguière des ateliers de Saint-Porchaire (1987) ainsi qu’une bouteille en verre bleu émaillé aux armes de Catherine de Médicis (1997) confirment l’intérêt du musée pour les pièces rares et exceptionnelles ou de provenance historique et prestigieuse. Les trois panneaux de l’Histoire du Déluge, en carreaux de faïence de Masséot Abaquesne et vraisemblablement à destination pariétale, participent de cette même démarche (1979).

Une acquisition majeure, vingt plaques en émail peint sur cuivre représentant des sibylles, apôtres et prophètes provenant de la collection Rothschild et réalisées par Léonard Limosin vers 1535, est venue enrichir en 2000 les collections d’émaillerie du musée, parmi les plus prestigieuses d’Europe.

En peinture, une Crucifixion de l’anversois Noël Bellemare, datée vers 1520, est entrée dans les collections en 2003. C’est alors l’occasion de prolonger la réflexion sur cet artiste qui a fourni à Jean Chastellain les cartons des Marie Madeleine et Marie Salomé, deux éléments provenant du vitrail des Alérions de la Collégiale Saint-Martin de Montmorency acquis en 1986, et sur sa place dans le milieu dans le milieu pictural parisien des années 1520. Citons également le Dévouement de Marcus Curtius, entré dans les collections du musée comme un anonyme flamand mais depuis attribué à Hermann Posthumus (2008).

L’achat de livres, tels que le Songe de Poliphile de Francesco Colonna, dans ses éditions italienne (Alde Manucce, Venise, 1499) et française (Jacques Kervez, Paris, 1554) ou l’Entrée d’Henri II, reproduisant les décors éphémères conçus par Jean Martin réalisés par Jean Goujon, Jean Cousin le Père et Charles Dorigny, permet d’illustrer le rôle déterminant de ce type d’ouvrages dans la diffusion, rapide, des modèles iconographiques.

Citons enfin deux autres enrichissements importants : une assiette en argent aux de Marguerite de Bourbon-Vendôme, duchesse de Nevers, témoignage de l’orfèvrerie civile parisienne du milieu du XVIe siècle (2000), ainsi qu’un Jupiter au Foudre signé par le Vénitien Alessandro Vittoria, élève de Jacopo Sansovino (1980).

Différents processus d’acquisition ont été développés ces dernières années. Le mécénat joue un rôle important et facilite souvent des acquisitions décisives et prestigieuses : c’est le cas par exemple en 2010 lorsque le pavement du château de Polisy, plusieurs centaines de carreaux de faïence réalisés en 1545 pour l’évêque d’Auxerre François II de Dinteville, désigné trésor national, entre dans les collections du musée grâce à un mécénat de la société AXA. De même, la participation financière de l’entreprise Vygon, localisée à Écouen, a permis, entre autres, l’acquisition en 2009 d’un émail sur cuivre représentant Pâris, attribué à Léonard Limosin et provenant des collections de Catherine de Médicis. En 2012, le musée reçoit d’une dation en paiement des droits de succession une très rare gourde du XVIe siècle, en verre dichroïque.

Par ailleurs, le choix se porte aussi sur des œuvres ancrées dans l’histoire ancienne ou plus récente du château. Certaines, comme les carreaux de pavements de Masséot Abaquesne en 1979, 1983 et 1985 ou deux vitraux héraldiques provenant d’Écouen en 1972, correspondent à la volonté des directeurs successifs d’évoquer dans la présentation permanente le décor original du château. D’autres acquisitions revêtent une dimension plus documentaire et concernent l’histoire matérielle du château (gravures, cartes postales, etc.) destinés à constituer un fonds couvrant son évolution, du XVIe au XXe siècle.

 

 

 

Un fonds exceptionnel : l’atelier de Barnard Palissy aux Jardins des Tuileries

Depuis 1991, le musée national de la Renaissance accueille un fonds de plus de 10 000 fragments liés à l’atelier de Bernard Palissy (vers 1510 – 1590). Issus de campagnes de fouilles réalisées dans les années 1983-1987 et 1989-1990 dans le cadre du projet Grand Louvre, ces fragments présentent une grande variété : moules en plâtre ou terre cuite, tirages en terre cuite émaillée ou non, briques ornées de rocailles, végétaux et autres animaux, pièces où s’invitent la figure humaine. Autant d’éléments qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement de l’atelier, ainsi que les processus de fabrication suivis par l’un des céramistes les plus célèbres de la Renaissance française, au service d’Anne de Montmorency et de Catherine de Médicis.