Faune et faunesse

Faune et faunesse

Faune et faunesse

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Origine et date: 
Padoue, entre 1524 et 1530
Artiste(s): 

L'attribution à un artiste déterminé de ce groupe de bronze a connu des errements. Il faut aujourd'hui rendre ce couple de satyres lubriques à un bronzier padouan renommé, Andrea Riccio. Les marques indubitables du style de l'artiste se retrouvent en effet dans le buste un peu voûté et les épaules portées en avant du satyre, son profil aquilin, son cou épais, son crâne rond, et, sur le pur plan technique, dans le martelage au poinçon fin de toutes les parties de son corps. Dans ce dernier détail, il faut même voir la preuve que c'est le maître-sculpteur lui-même qui a signé l'oeuvre, lui apportant jusqu'à sa finition.

La raison d'être de la représentation de cette étreinte reste cependant relativement inexpliquée. Si un tel sujet érotique n'est pas rare dans les arts graphiques, on peut affirmer que le groupe de Riccio, non seulement est unique dans son œuvre, mais aussi dans la sculpture de son temps. Certes, il faut compter avec le goût du sculpteur, formé dans le sillage de Mantegna, pour l'Antiquité gaillarde et fantasque, teintée d'une belle poésie. Néanmoins pour qu'un tel bronze soit conçu, il a fallu qu'un collectionneur féru d'antiquités et de scènes de genre en passât la commande. Il s'agissait peut-être d'un amateur de céramiques grecques, se remémorant de tels sujets dans la peinture des vases. Cependant le choix de la position singulière des satyres fait immanquablement penser à une gravure de la suite pornographique des Modi, exécutée par Marc-Antoine Raimondi, d'après un dessin de Jules Romain en 1524 et qui connut à sa publication un très grand succès. Étant donné que Riccio devait mourir en 1532, il faut donc voir là une oeuvre de la toute dernière partie de sa vie.

On peut signaler que ce couple de satyres a traversé les siècle de façon singulière. Acquis pour le Musée de Cluny en 1858 par Edmond du Sommerard, la statuette longtemps reléguée dans les réserves du Musée, est alors un groupe formé de trois satyres, deux faunes penchés dans une attitude incompréhensible autour d'une faunesse assise sur une chaise. Il fait alors l'objet d'une étude de Bertrand Jestaz. On s'aperçoit que l'un des faunes n'appartient pas à l'ensemble, sa patine étant très distincte. Il faut alors démonter le tout et remonter le faune de droite et la faunesse dans une position lubrique qui apparaît comme exactement adaptée à leurs figures. Le second faune (aujourd'hui également conservé à Écouen) s'avère être une pièce d'un alliage différent, probablement issue de l'atelier de Riccio, sans être forcément autographe, et rajoutée ultérieurement.