Architecture

Observer l'architecture du château d'Écouen, c'est lire « à pierre ouverte » l'histoire des transformations de l'architecture, en France, au XVIe siècle. Il faut d'abord imaginer que se dressait sur ce site le château ancestral des Bouchard de Montmorency, vieille famille qui avait l'honneur de servir les rois de France depuis l'an Mil.

De ce premier édifice, nous ne savons rien, sauf qu'en 1531, Anne de Montmorency, héritier de l'immense héritage de son père Guillaume, puissant personnage du royaume et déjà Maréchal de France, décide de le raser et d'élever à la place une demeure digne de son rang. La situation est conservée : l'édifice est dirigé vers l'est, vers l'éventuelle invasion, il ferme toujours l'un des accès à Paris, il est entouré de forêts giboyeuses et, campé sur une hauteur, il surplombe la plaine de France, position à la fois plaisante et imposante. Les travaux de construction vont durer 18 ans, de 1538 à 1555, ce qui est relativement court pour l'époque. Nul doute que le caractère assez impatient d'Anne de Montmorency, allié à sa colossale fortune, aida à accélérer grandement le rythme de l'ouvrage !

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On ne connaît pas avec certitude le nom du premier architecte d'Écouen, même si quelques noms sont avancés, et la disparition des archives à la Révolution ne permet pas de pallier cette lacune. On voit bien néanmoins que le premier style adopté est celui de la Renaissance des bords de Loire. Sur l'ordonnance des façades règne une extrême simplicité, voire une certaine austérité. La beauté de la pierre de taille est soulignée par la sobriété des pilastres nus qui montent de la base à la toiture, avec pour toute « fioriture » des doubles cordons horizontaux qui séparent le rez-de-chaussée du premier étage et soulignent le départ du toit. Les baies superposées s'élancent vers les lucarnes du toit, de plus en plus ornées à mesure que le chantier avance. Alors qu'on les voit couronnées de simples frontons semi-circulaires sur la façade externe du corps central, et en trapèze sur celle de l'aile sud, elles sont coiffées de couronnements tripartites sur la façade de la cour, bientôt flanquées de parties ajourées à caractère antique. Jusqu'à l'apothéose que constitue l'aile nord où les lucarnes semblent avoir été dessinées par Jean Goujon, avec leurs pilastres doriques et les cuirasses qui calent la composition des couronnements. Á Écouen, on lit le temps qui passe sur le décor des lucarnes.

Peut-être l'austérité du château parut-elle soudain démodée à Anne de Montmorency. C'est alors qu'il fait appel à Jean Bullant, architecte né vers 1515 et qui a séjourné à Rome vers 1540. Il sera l'artisan du style « à l'antique » à Écouen, avant de diriger les autres chantiers du Connétable, Chantilly et Fère-en Tardenois. Il achève l'aile droite (nord) en 1552. L'aile devait abriter les appartements du roi et de la reine et Bullant reconstruisit la façade extérieure avec un nouveau décor de pilastres. Surtout, on décida d'aménager pour ces hôtes exceptionnels une grande salle d'honneur au premier étage. Il fallait dès lors déplacer et modifier l'escalier central, le reconstruire avec deux volées droites, et son palier fut élevé hors du bâtiment pour lui donner plus d'ampleur. Du côté cour on éleva un grand portique pour cacher le fait que l'entrée était désormais désaxée. Il fut décoré de colonnes superposées sous un grand entablement continu et de niches pour accueillir les statues du Connétable. Vers 1555, Bullant ajouta sur la façade du fond un arc de triomphe, rétablissant là aussi une symétrie avec l'aile d'entrée.

Restait l'aile sud qui sera le morceau de bravoure de Jean Bullant à Écouen et verra l'aboutissement de l'étonnante péripétie d'une grandiose œuvre d'art. En 1506 le pape Jules II commande son tombeau à Michel-Ange. L'artiste propose plusieurs versions pour ce mausolée et quelques statues allégoriques sont réalisées dont deux esclaves, qui s'inspirent de la statue du Laocoon (IIe siècle avant J.C.). Le tombeau ne sera jamais achevé et Robert Strozzi offre en 1546 ces deux esclaves à François Ier. Les statues arriveront à Paris sous le règne d'Henri II qui les offre à Anne de Montmorency. On peut légitimement penser que le portique a été entièrement conçu en rapport avec ces deux œuvres. Quoi qu'il en soit Bullant innove ici avec l'art colossal, s'inspirant des colonnes corinthiennes cannelées du Panthéon, à Rome, et flanquant un véritable portique de temple sur la vieille façade. Les niches basses abriteront les Esclaves (aujourd'hui au musée du Louvre), surmontés des armoiries du Connétable et de sa femme. Bullant signe ici le manifeste de la nouvelle Renaissance. Décidément voué aux avants-corps, il en plaquera un dernier sur l'aile nord, du côté terrasse, sorte de grande loggia ouverte à l'air libre.

Enfin, il faut ajouter un mot à propos de la malheureuse aile d'entrée qui comprenait un portail monumental à trois niveaux, et dont on ne peut dire si elle est un projet de Goujon ou de Bullant. Elle rivalisait d'élégance avec le portail d'Anet, dû à Philibert Delorme, et abritait en son centre une statue équestre du Connétable. On en conserve le souvenir par une gravure d'Androuet du Cerceau car elle a été entièrement détruite en 1787 par la famille de Condé, qui était désireuse d'avoir une vue plus dégagée sur la plaine de France ! L'entrée actuelle est une construction de l'architecte Peyre, en 1807.