L'Adoration des Mages

L'Adoration des Mages

L'Adoration des Mages

Partager
Origine et date: 
Anvers, vers 1520
Artiste(s): 

L’Adoration des Mages est l’un des chefs-d’oeuvre de Jan de Beer, peintre représentatif du maniérisme nordique. Ce mouvement artistique se développe durant tout le XVIe siècle, en adoptant diverses tendances : tandis que la première génération d’artistes maniéristes, active vers 1500-1530, est particulièrement sensible aux effets raffinés, aux envols de drapés et aux détails précieux, ses suiveurs adoptent une vision beaucoup plus énergique et des physionomies humaines caractérisées par leur forte musculature. Dans chacune de ces deux aspirations successives, la recherche artistique ne réside plus dans quelque imitation fidèle de la nature, mais dans des considérations purement esthétiques, souvent alliées à des considérations intellectuelles complexes.

Né vers 1475, Jan de Beer adhère en 1504 à la guilde des peintres d’Anvers, dont il est élu doyen en 1515. Souvent sollicité pour l’exécution de décors éphémères, par exemple pour la Joyeuse Entrée de Charles Quint à Anvers en 1515, il est à la tête d’un important atelier où se distingue la figure du Maître d’Amiens. Ce dernier collabore avec De Beer pour un triptyque de l’Adoration des Mages conservé à Milan (Brera), l’un des tableaux servant de référence à l’établissement du corpus de l’artiste. La rareté des oeuvres signées ainsi que certaines incohérences stylistiques incitent toutefois à considérer avec prudence les attributions des peintures émanant du cercle maniériste anversois.

Le tableau d’Écouen, aux caractéristiques très proches de celles du retable de Milan, illustre clairement les spécificités de l’esthétique du maniérisme nordique. Tandis que les bas-reliefs et les candélabres des piliers de l’étable rappellent l’ascendance antiquisante de ce style, les formes tourmentées, les drapés irréalistes ainsi que l’aspect anticonformiste de la colonne centrale illustrent la suprématie d’un climat onirique et raffiné. Cette mise à distance du réel est toutefois tempérée par l’abondance des détails témoignant d’une grande finesse d’analyse, par exemple dans la représentation des pierres et des végétaux au premier plan : largement tributaire des inventions de la Renaissance italienne et du tourment propre à l’esthétique maniériste, ce panneau s’inscrit encore dans la continuité de ses prédécesseurs flamands du XVe siècle, fascinés par les possibilités illusionnistes offertes par la peinture à l’huile.