Génie funéraire

Génie funéraire

Génie funéraire

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Origine et date: 
Paris, vers 1558
Artiste(s): 

Ce Génie funéraire constitue la première grande commande documentée de l’un des plus grands sculpteurs de la Renaissance française, Germain Pilon (1540-1590). Formé dans l’atelier de son père, il domine toutes les techniques de la sculpture, tant la terre que le marbre, l’albâtre ou le bronze. Cette dextérité lui vaut d’être nommé contrôleur des Poinçons et Monnaies du roi. En 1558, l’architecte Philibert de L’Orme commande à Pilon « huit figures de fortune » destinées au tombeau de François Ier, pour un montant de 1100 livres. Le marché précise qu’elles doivent être en ronde bosse, en marbre blanc et mesurer environ 3 pieds de haut. En 1559, Primatice prend la direction des travaux et commande huit figures semblables à Ponce Jacquiot pour le même tombeau. La question de leur emplacement dans le projet initial demeure problématique. Il reste donc difficile de préciser si elles devaient constituer l’amortissement des seize colonnes au sommet du monument ou si elles étaient prévues autour du soubassement. Une note de 1572 atteste cependant que ces statues n’ont jamais été mises en place.

Trois de ces génies funéraires, attribués à Ponce Jacquiot, ont été réutilisés pour le monument de coeur de François II à Saint-Denis. Le seul qui soit attribué avec certitude à Germain Pilon se trouve aujourd’hui au musée d’Écouen après être passé par le musée des Monuments français de Lenoir puis par le « chantier » de Saint-Denis avant d’entrer au musée de Cluny en 1881.

L’influence italienne est manifeste dans cette oeuvre : le thème du génie dionysien renversant un flambeau en signe d’extinction de la vie, d’inspiration antique, est très largement repris par les sculpteurs de la Renaissance florentine. Sa pose serpentine rappelle celle de l’Enfant de La Madone de Bruges de Michel-Ange. Enfin, la spirale de drapés chiffonnés, qui accentue son mouvement en contrapposto, le rattache au monde maniériste des stucs de Fontainebleau.

Il y a cependant dans cette représentation enfantine une vérité caractéristique de Pilon. Ce corps de jeune enfant est modelé avec une sensibilité remarquable. La tête penchée, à l’expression soudain grave, paraît saisie sur le vif. L’aptitude du sculpteur à traduire un corps juvénile se vérifie jusque dans ses imperfections, par exemple les bourrelets qui plissent le bas du cou et empâtent les genoux et les chevilles, ou le nez légèrement écrasé entre des joues grasses et tombantes.

Pendant la seconde moitié du XVIe siècle, l’art maniériste s’est pleinement affirmé en France : l’école de Fontainebleau, sous l’autorité du Primatice, a adopté la « manière » italienne. Pourtant, Germain Pilon a su trouver un langage personnel, synthèse du maniérisme transalpin et de l’observation scrupuleuse de la nature.