Esaü vend son droit d’aînesse à Jacob pour un plat de lentilles, France, 1er tiers du XVIIe siècle

Esaü vend son droit d’aînesse à Jacob pour un plat de lentilles, France, 1er tiers du XVIIe siècle

Esaü vend son droit d’aînesse à Jacob pour un plat de lentilles, France, 1er tiers du XVIIe siècle

Acquisitions 2016
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Matière et technique: 
Soie ; broderie au passé plat et passé empiétant sur taffetas
Origine et date: 
France, Paris ?, premier tiers du XVIIe siècle
Artiste(s): 

Dimensions :

18.5 cm
23 cm

Malgré la richesse du fonds textile du musée national de la Renaissance, rares sont les pièces brodées de scènes historiées conservées. Outre le corporalier orné d’une Déploration sur le Christ mort rapproché de l’art de Jean Cousin le père (E.Cl. 13224), le médaillon ovale représentant l’Adoration du veau d’or (E.Cl. 1488) et la pièce de taffetas vert brodée du Parnasse (E.Cl. 13046), le musée national de la Renaissance conserve peu d’étoffes entièrement recouvertes de broderie.

La scène représente un passage de la Genèse (XXV, 29-34) concernant les jumeaux d’Isaac et Rébecca au cours de laquelle Esaü, de retour épuisé des champs, consentit à vendre à son frère Jacob son droit d’aînesse contre un plat de lentilles. Cet extrait de l’Ancien Testament a fréquemment été reproduit par les peintres aux XVIe et XVIIe siècles. Deux autres scènes de l’histoire de Jacob et d'Esaü ornent notamment les cheminées de l’appartement du Connétable au château d’Écouen. Sa portée morale en a également fait une scène de prédilection dans les arts décoratifs, notamment dans le domaine textile.

La mise en œuvre technique est remarquable : appliqué sur un taffetas crème, le point de broderie (passé plat et passé empiétant) désigné couramment sous le vocable « peinture à l’aiguille » est ici parfaitement maîtrisé. Au revers, les reliquats de papier témoignent également de la technique, car les brodeurs renforçaient fréquemment l’étoffe avec du papier rigide afin de la rendre plus résistante au passage des aiguilles.

Visiblement trop grand pour provenir d’un vêtement liturgique, ce fragment brodé pouvait faire partie d’un décor d’autel (antependium), d’un parement de cérémonie religieuse (dais, tenture), d’un panneau de meuble ou encore d’un ensemble profane. Bien que différente dans sa composition, la gravure sur le même sujet dans la Bible latine illustrée de Théodore de Bry (1627) montre des personnages portant le même type de vêtements, les mêmes chapeaux et arborant des attitudes souples très similaires. Le modèle du brodeur est sans doute à chercher dans l’entourage de ce graveur.

Ce don vient enrichir la typologie de broderies du fonds, tout comme la connaissance de la technique de la « peinture à l’aiguille » portée à son plus haut degré d’excellence à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle.